
Table des matières
INTRODUCTION. L’EGLISE, EN CRISE EXISTENTIELLE PROFONDE, VIT UN EXTRAORDINAIRE PARADOXE
L’Église catholique traverse aujourd’hui une crise existentielle d’une ampleur exceptionnelle et vit un extraordinaire paradoxe.

D’un côté, un pape qui signe une encyclique sur l’intelligence artificielle — Magnifique humanité — d’une remarquable lucidité sur les bouleversements de notre époque, digne héritière de Laudato si’ de François sur l’environnement.
De l’autre, le même homme publiait, quelques mois après son élection, un ouvrage presque passé inaperçu, Libres sous la grâce, dans lequel il écrivait, alors qu’il était encore Robert Francis Prevost, Prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin :
« L’Église — autoproclamée lumière des peuples — est aujourd’hui contestée et même considérée comme une pierre d’achoppement sur le chemin vers Dieu. »
Puis cette phrase, plus grave encore :
« Le monde nous tournera le dos, ne serait-ce que parce que nous ne sommes pas capables de communiquer le message de l’Évangile dans un langage intelligible pour la culture d’aujourd’hui. »
Ce n’est pas un observateur extérieur qui parle.
Ce n’est pas un critique de l’Église.
C’est son futur pape.
Le diagnostic qu’il pose dans ce livre est d’une franchise rare, tout américaine. Il décrit une crise à la fois quantitative et qualitative, dont la gravité cumulée est proprement alarmante.
La crise est d’abord quantitative : ordinations en chute libre dans les pays développés, pratique religieuse au plus bas, générations entières qui se détournent des Églises, moins par hostilité que par une indifférence croissante. Cette évolution pourrait encore s’accélérer à mesure qu’une intelligence artificielle tend progressivement à occuper une partie de cet espace intérieur, presque sacré, où l’homme cherchait autrefois les réponses aux grandes questions de son existence.
Mais la crise est tout autant qualitative.
Nous avons vu, dans le premier article, « Société érotique » : Satan au cœur de l’Église ? La pandémie du porno, que celle-ci présente trois visages étroitement liés : la pandémie pornographique, l’incommunication de l’institution ecclésiale et la « quasi-disparition de la Grâce individuelle du discours chrétien contemporain », selon l’expression du père Guillaume de Menthière.
Ces trois crises ne sont pas indépendantes.
La crise de la pornographie n’est pas le point de départ ; elle constitue le symptôme visible d’une pathologie plus profonde : l’incommunication de l’Église. Celle-ci trouve elle-même une partie de son origine dans l’effacement progressif de la Grâce individuelle du discours chrétien contemporain.
Réduire cette crise existentielle à un simple problème de communication serait donc une grave erreur. Un meilleur site Internet, une présence plus active sur les réseaux sociaux ou des homélies plus vivantes ne suffiront pas à la résoudre.
Ce que traverse aujourd’hui l’Église, comme d’autres grandes institutions, relève d’un phénomène plus profond que les sciences cognitives désignent sous le nom d’incommunication :
« L’incommunication désigne une situation dans laquelle un échange communicationnel ne produit pas l’intercompréhension attendue entre les acteurs. Elle ne se réduit ni à l’absence de communication ni à un simple dysfonctionnement technique, mais renvoie à l’écart persistant entre intention, réception et interprétation des messages. » (Wikipédia).
L’Église parle. Elle n’a peut-être jamais autant parlé. Mais ses mots ne pénètrent plus. Ils glissent sur les consciences comme l’eau glisse sur les plumes d’un canard. Ou plutôt, ils arrivent encore, mais ils ne sont plus reçus dans la langue où ils ont été émis. Entre le message et ceux auxquels il est destiné, quelque chose s’est progressivement brisé — non dans le message lui-même, dont la richesse demeure inépuisable et dont le cœur tient en cinq mots : « Aimez-vous les uns les autres. » Mais dans les conditions mêmes de sa transmission.

Dans Coire, Le père Bernard Sesboüé résumait cette situation avec une remarquable clairvoyance :
« L’effort d’actualisation et de modernisation du langage chrétien a été insuffisant. Il n’a pas suivi l’évolution de la civilisation. Les mots dont il se sert se sont trouvés marginalisés, sans prise directe sur le langage courant. »
J’en suis personnellement arrivé à cette conviction : l’incommunication est la pathologie d’une parole qui n’atteint plus son destinataire parce qu’elle ne parvient plus à rejoindre son expérience intérieure.
C’est cette rupture que cet article cherche à comprendre et, très modestement, à contribuer à réparer.
Praticien de la communication depuis plus de quarante ans, j’ai au fil des années élaboré un système d’analyse croisant les principaux apports de la rhétorique, de la psychologie, de la psychanalyse, du marketing et des sciences cognitives.
Appliqué à l’Église catholique, il révèle, nous le verrons, une institution qui coche encore, malgré des avancées récentes importantes, les cinq grands critères de la communication ou de l’incommunication : instaurer la confiance, aller à l’essentiel, dire la vérité, être clair, et optimiser le style. La puissance cognitive de ces indicateurs est telle que l’existence d’un seul d’entre eux, notamment l’un des quatre premiers, suffit à signaler l’optimisation ou à l’inverse un dysfonctionnement majeur de la communication.
Le paradoxe est extraordinaire.
L’Église demeure dépositaire du patrimoine spirituel le plus riche de l’histoire de l’humanité. Mais cette richesse est devenue, en partie, sa faiblesse : l’abondance de son discours disperse sa parole et l’empêche souvent d’aller à l’essentiel.
L’article s’organise en cinq parties. La première revient sur Libres sous la grâce, témoignage d’une exceptionnelle lucidité sur la crise actuelle. La seconde porte sur l’apport de la psychanalyse et la complémentarité de la Programmation Neuro Linguistique (PNL). La troisième examine les progrès accomplis récemment par l’Église en matière de communication. La quatrième présente le système d’évaluation utilisé. Enfin, la cinquième l’applique à l’Église, domaine par domaine, et esquisse quelques pistes de renouveau.
Un dernier mot avant d’entrer dans le vif du sujet.
À l’image des propos de Léon XIV, cet article n’est pas écrit contre l’Église.
Il est écrit pour elle.
Ou, plus exactement, pour les millions de femmes et d’hommes qui, quelque part entre la foi et le doute, continuent de chercher ce que l’Église leur promet depuis deux mille ans : la rencontre vivante avec Dieu et sa grâce. Elle seule nous donne le véritable bonheur qui est celui de l’aimer, d’aimer les autres et de s’aimer soi-même.
Ou, en matière de pastorale : comment annoncer aujourd’hui l’Evangile de manière à ce qu’il redevienne une véritable Bonne Nouvelle ?
I. LE DIAGNOSTIC DU FUTUR PAPE LEON XIV, RVD ROBERT PREVOST, SUR LA CRISE ACTUELLE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

Libres sous la Grâce, publié en octobre 2025, est un ouvrage singulier. Bien qu’il soit paru quelques mois après l’élection de Léon XIV, il rassemble des textes rédigés entre 2002 et 2012, alors que Robert Prevost était Prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin. En décidant de les publier au début de son pontificat, le pape indique clairement que le diagnostic qu’il portait à cette époque sur la crise de l’Église demeure, selon lui, pleinement actuel.
Ce livre n’a sans doute pas connu le retentissement de Magnifique Humanité. Pourtant, sur un point essentiel, il est peut-être encore plus révélateur. Les analyses du futur pape y sont dispersées dans douze allocutions prononcées sur près de dix années. Cette dispersion masque la remarquable cohérence de sa pensée.
Le présent article propose précisément de rassembler ces textes afin d’en faire apparaître les grands axes. Les titres intermédiaires sont de ma rédaction ; les citations, reproduites aussi fidèlement que possible, sont présentées sous forme de verbatim, les passages essentiels étant mis en évidence en gras.
Ce qui frappe à la lecture de ce texte, ce n’est pas seulement leur profondeur spirituelle mais leur étonnante actualité : bien avant son élection, Léon XIV avait déjà identifié avec précision la plupart des causes de la grave crise que traverse l’Église aujourd’hui. Mon objectif n’est pas de discuter ce diagnostic, mais de le confronter à une grille d’analyse fondée sur les critères d’une communication réussie. On verra alors que les dysfonctionnements relevés par le pape correspondent, presque point par point, aux caractéristiques d’une situation d’incommunication.
Les deux premières parties présentent ce diagnostic et les causes de la crise. La troisième met en lumière les objectifs fondamentaux que le futur pape assigne à l’Église et qui constituent, selon lui, une réponse aux attentes profondes de nos contemporains.
1. Une image profondément dégradée de l’Église
Avant même d’analyser les causes de la crise, Léon XIV en dresse un constat d’une grande lucidité : l’image de l’Église s’est profondément détériorée. Au fil de ses interventions, le futur pape revient à plusieurs reprises sur ce thème, qu’il considère manifestement comme l’un des symptômes les plus préoccupants de la situation actuelle. Les extraits qui suivent montrent la remarquable continuité de son analyse.
1.1. Une Église contestée, devenue « une pierre d’achoppement sur le chemin vers Dieu » (2 mars 2002 — Centenaire du Vicariat d’Iquitos, p. 33)
« Face aux idoles de l’avoir, du pouvoir et du plaisir issus de l’égoïsme exclusif…, l’Église, autoproclamée lumière des peuples, est aujourd’hui contestée et même considérée comme une pierre d’achoppement sur le chemin vers Dieu. Aujourd’hui elle traverse un chemin douloureux de crise et un effort ardu d’évangélisation. »
Dès 2002, Robert Prevost ne se contente donc pas de constater des difficultés pastorales. Il évoque une remise en cause de la crédibilité même de l’Église dans sa mission d’évangélisation.
1.2. Une Église discréditée par les scandales sexuels
(13 novembre 2002 — Lettre à tous les frères de l’Ordre, p. 45)
À cette crise de crédibilité s’ajoute celle provoquée par les scandales sexuels, auxquels il faut désormais ajouter, me semble-t-il, la pandémie mondiale de la pornographie analysée dans mon précédent article.
« L’Eglise a beaucoup souffert cette année dans certaines parties du monde, principalement à cause des scandales, diffusés par les médias. L’image publique de l’Église est constamment remise en question. »
1.3. Une Église qui doute parfois de la force prophétique de son propre message
(7 octobre 2008 – 750ᵉ anniversaire de la Grande Union de l’Ordre augustinien, p. 143)
Six ans plus tard, le constat ne s’est pas atténué. Il s’élargit même à l’ensemble de la vie religieuse.
« Nous vivons des temps difficiles, tant au niveau social qu’ecclésial. (…) La vie religieuse traverse une période difficile sur tous les continents. Parfois, nous nous demandons quel sera son avenir et si elle possède encore une force prophétique. »
Le problème n’est donc plus seulement celui de l’image de l’Église. Il touche désormais la confiance qu’elle peut avoir dans sa propre capacité à annoncer l’Évangile.
1.4. Une inquiétude croissante devant l’avenir
(13 novembre 2011 — Lettre aux membres de l’Ordre de Saint-Augustin, p. 176)
Enfin, en 2011, Robert Prevost constate les conséquences concrètes de cette crise : diminution des effectifs, départs, vieillissement des communautés et apparition d’un pessimisme croissant quant à l’avenir.
« Les communautés augustiniennes sont marquées par la diminution du nombre de frères, l’abandon de jeunes religieux et, parfois, un certain pessimisme quant à l’avenir. »
Pris isolément, chacun de ces constats pourrait apparaître circonstanciel. Mais leur répétition sur près de dix années révèle une conviction profonde : pour le futur Léon XIV, l’Église traverse une crise durable qui affecte à la fois son image, sa crédibilité, son dynamisme missionnaire et sa confiance en l’avenir.
2. Les principales causes de la crise de l’Église
Après avoir dressé un constat sans complaisance de la crise que traverse l’Église, Léon XIV en recherche les causes profondes. Là encore, ses interventions, prononcées entre 2002 et 2012, présentent une remarquable cohérence. Elles montrent que cette crise n’est pas d’abord conjoncturelle, mais qu’elle résulte de transformations profondes auxquelles l’Église peine encore à répondre.
2.1. Une grande crise d’espérance
Pour Léon XIV, la crise de l’Église s’inscrit dans une crise plus vaste qui touche l’ensemble de l’humanité.
« Nous, les religieux, nous traversons peut-être un moment de doute sur notre avenir, mais l’humanité tout entière fait également face à une grande crise d’espérance. » (p. 143)
Le malaise religieux ne peut donc être compris indépendamment du malaise de notre civilisation.
2.2. Un véritable changement d’ère
Le futur pape insiste à plusieurs reprises sur un point essentiel : nous ne vivons pas une simple période de changements, mais un changement d’époque qui oblige l’Église à repenser ses modes d’action.
« Les temps ont changé. Le monde et l’Église ont changé. »
« Beaucoup de choses ont changé. »
« Le monde continue à changer, et à un rythme beaucoup plus rapide qu’auparavant. »
« Aujourd’hui, nous ne vivons pas seulement une époque de changements, mais un changement d’ère. »
Cette idée revient comme un fil conducteur dans l’ensemble de ses interventions. Elle explique pourquoi les réponses d’hier ne suffisent plus toujours à répondre aux questions d’aujourd’hui.
2.3. Une institution parfois trop centrée sur elle-même
Pour Léon XIV, l’Église ne peut remplir sa mission qu’à la condition de rester en prise avec les attentes réelles des hommes et des femmes de son temps.
« L’Église ne peut ni ne veut vivre à l’écart des angoisses et des espoirs des hommes. »
« Il s’agit de repenser les institutions religieuses, trop souvent tentées de se concentrer sur leurs propres intérêts plutôt que sur les besoins réels du monde. »
« Sommes-nous vraiment un signe du Royaume, ou sommes-nous éloignés des gens, de leurs problèmes et de leurs soucis quotidiens ? »
Cette interrogation est fondamentale. Elle annonce déjà l’un des thèmes majeurs de la communication moderne : partir du destinataire plutôt que de l’émetteur.
2.4. Une institution qui ne peut renoncer à la recherche
Léon XIV rappelle avec insistance qu’une institution vivante ne peut cesser de réfléchir, d’étudier, d’innover et de discerner.
Il évoque successivement :
- La nécessité d’une culture de recherche ;
- Le discernement des signes des temps ;
- Une pastorale fondée sur l’étude autant que sur l’action ;
- Un leadership capable d’anticiper les évolutions ;
- La fidélité créative, expression qu’il reprend du document Vita consecrata ;
- Une formation permanente ;
- L’ouverture aux connaissances scientifiques ;
- La recherche de chemins nouveaux pour rejoindre les jeunes générations.
L’ensemble de ces textes dessine une même conviction : le renouveau de l’Église suppose un effort permanent d’intelligence, de créativité et de discernement.
2.5. Une communication devenue insuffisamment connectée à son public
Enfin, Léon XIV aborde ce qui constitue, à mes yeux, le cœur même de son diagnostic : la difficulté croissante de l’Église à communiquer dans un langage qui rejoigne réellement les personnes auxquelles elle s’adresse.
Il écrit notamment :
« L’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés réside précisément dans la capacité de nous connecter avec notre public. »
« Le monde nous tournera le dos parce que nous ne sommes pas capables de communiquer le message de l’Évangile dans un langage intelligible pour la culture d’aujourd’hui. »
« Les jeunes ne cherchent pas une communication purement rationnelle ; ils cherchent l’expérience, le langage du cœur, l’humanité et une vraie spiritualité. »
« Les liturgies froides et inexpressives, avec des homélies qui ne touchent en rien l’expérience vivante de nos auditeurs, ne sont pas sources d’inspiration. »
« Ne faisons-nous que répéter des paroles d’un rituel vide et routinier ? »
À la lecture de ces textes, une conclusion s’impose. Bien avant que la notion d’incommunication ne soit utilisée pour analyser la crise actuelle de l’Église, Léon XIV en avait déjà décrit la plupart des mécanismes. C’est précisément cette intuition que la cinquième partie du présent article se propose d’examiner à travers les principaux critères de la communication.
3. Les grands objectifs de l’Église : redonner à l’homme le sens du bonheur, de la relation, des valeurs et de la Grâce
Après avoir analysé la gravité de la crise et ses causes profondes, Léon XIV ne s’en tient pas au diagnostic. Il rappelle avec force la mission fondamentale de l’Église : répondre aux aspirations les plus profondes de l’être humain. Ses textes dessinent ainsi une véritable anthropologie chrétienne, centrée sur le bonheur, la relation, les valeurs et la Grâce. C’est cette vision positive qui donne tout son sens au diagnostic précédent.
3.1. Dieu veut notre bonheur
Le premier message est d’une simplicité désarmante : Dieu ne veut pas d’abord imposer des règles ; il veut le bonheur de l’homme.
« Tous les hommes cherchent à être heureux. L’homme a été créé pour être heureux. Dieu veut que nous soyons heureux. »
Léon XIV poursuit :
« En réalité, tout homme qui cherche le bonheur cherche, consciemment ou inconsciemment, Dieu. »
Cette affirmation éclaire toute sa pensée. La foi n’apparaît plus comme une série d’obligations, mais comme une réponse à la quête universelle du bonheur.
À cette perspective s’ajoutent plusieurs thèmes essentiels : la puissance créatrice de la Parole de Dieu, l’appel à devenir amour comme Dieu est amour, la recherche du sens, la vocation à une humanité pleinement accomplie et la dignité incomparable de toute personne créée à l’image de Dieu.
3.2. L’homme est un être de relation
Le deuxième axe est tout aussi fondamental.
Léon XIV rappelle que l’homme ne peut trouver son accomplissement ni dans l’individualisme ni dans l’isolement.
« L’être humain a été créé comme un être social pour être en relation avec les autres. »
« L’homme est un être relationnel qui vit en relation avec les autres et surtout avec Dieu. »
Or notre époque produit souvent l’effet inverse.
« La solitude et la massification sont deux des principales menaces dont souffrent les personnes autour de nous. »
« La société actuelle conduit à un isolement et à une solitude accrus. »
Le diagnostic est clair : plus l’homme prétend s’affranchir de toute dépendance, plus il risque de perdre sa véritable liberté.
3.3. Le besoin de valeurs
Dans une société marquée par le relativisme, le consumérisme et le pragmatisme, Léon XIV rappelle que les jeunes ont plus que jamais besoin de repères.
« Les jeunes ont besoin de valeurs, ils ont besoin de points de repère dans leur vie. »
Il met également en garde contre une culture où les décisions sont de plus en plus dictées par le seul pragmatisme ou par la consommation, au détriment des valeurs morales et éthiques qui permettent de discerner le bien.
3.4. Le rôle irremplaçable de la Grâce
Enfin, Léon XIV revient à ce qui constitue, selon moi, le cœur de toute sa pensée : l’intériorité et la Grâce.
Il rappelle que l’Église possède un message d’une extraordinaire richesse pour un monde marqué par la superficialité, l’immédiateté et le matérialisme.
« Nous avons un message vraiment important à transmettre aux autres. »
Mais ce message ne peut être accueilli qu’à une condition : redécouvrir la vie intérieure.
Saint Augustin invite ainsi chacun à revenir en lui-même pour y chercher la vérité, Dieu et le sens de son existence. C’est dans cette intériorité que se noue la relation avec Dieu et avec les autres.
Les grandes questions de la vie — Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Où vais-je ? Quel est le sens de mon existence ? — ne sont pas des interrogations accessoires. Elles constituent, pour Léon XIV, le chemin privilégié qui conduit à une véritable transformation intérieure.
Conclusion de cette première partie
À travers ces nombreux textes, une idée apparaît avec une grande netteté.
Léon XIV ne décrit pas seulement une Église en crise. Il rappelle aussi la grandeur de sa mission.
D’un côté, il constate une institution fragilisée, parfois déconnectée des attentes profondes de notre époque et confrontée à un changement d’ère sans précédent.
De l’autre, il réaffirme avec force que l’Église possède toujours une réponse unique aux grandes aspirations humaines : la recherche du bonheur, le besoin de relation, l’exigence de valeurs, la vie intérieure et la Grâce.
C’est précisément parce que ce message est d’une telle richesse que son incommunication constitue aujourd’hui un problème majeur.
La cinquième partie de cette étude cherchera donc à répondre à une question décisive :
Comment une institution porteuse d’un message aussi profondément humain a-t-elle pu devenir, en grande partie, inaudible pour ceux auxquels elle s’adresse ?
II. COMMENT L’HOMME RECOIT UNE PAROLE : L’APPORT DE LA PSYCHANALYSE ET DE LA PNL
On ne peut évaluer la parole de l’Église sans comprendre d’abord comment l’homme reçoit réellement une parole. La psychanalyse a mis en évidence le rôle essentiel de l’inconscient dans cette réception. La Programmation Neuro-Linguistique (PNL) décrit de l’extérieur, par l’observation et l’expérience, certains des mécanismes que la psychanalyse explore de l’intérieur. Enfin, le modèle du psychiatre américain Scott Peck établit un pont entre évolution psychologique et évolution spirituelle : il montre comment l’expérience vécue peut devenir un chemin de transformation intérieure.
1. L’inconscient : un quatrième langage de la communication
La rhétorique d’Aristote a constitué pendant plus de deux millénaires le fondement de l’art de communiquer. En distinguant les trois ressorts de toute parole persuasive — la logique (logos), la crédibilité de celui qui parle (ethos) et l’appel aux affects (pathos) — elle a fourni un modèle d’une remarquable fécondité.
Mais elle repose sur une hypothèse implicite : l’homme est suffisamment transparent à lui-même pour que la raison, la confiance et les émotions expliquent l’essentiel de ses comportements.

La psychanalyse est venue profondément modifier cette représentation. Avec Freud, puis Jung et leurs successeurs, apparaît une quatrième dimension : l’inconscient. Une part importante de nos pensées, de nos désirs, de nos peurs et de nos décisions échappe à notre conscience. Une communication peut donc être parfaitement logique, moralement irréprochable et émotionnellement convaincante, tout en demeurant inefficace parce qu’elle ne rejoint pas les représentations inconscientes de celui auquel elle s’adresse.
Cette découverte ne remet pas en cause la rhétorique ; elle la complète. Aux trois langages classiques de la communication s’en ajoute un quatrième : celui de l’inconscient. Toute réflexion contemporaine sur la communication qui l’ignorerait risquerait de passer à côté d’une dimension essentielle de la personne humaine.
Les grands maîtres de la vie spirituelle avaient d’ailleurs pressenti cette réalité bien avant la naissance de la psychanalyse. Saint Jean de la Croix évoque les attachements cachés qui entravent la liberté intérieure. Sainte Thérèse d’Avila montre combien l’illusion peut contaminer la vie spirituelle. Saint Ignace de Loyola développe le discernement des mouvements intérieurs. Sans employer le vocabulaire de la psychologie moderne, ils avaient déjà compris que le cœur de l’homme demeure, pour une large part, opaque à lui-même.
La psychanalyse apporte ici un éclairage précieux. Elle permet de distinguer trois réalités souvent confondues : les mécanismes de l’inconscient, la vie psychique et la vie spirituelle. Cette distinction est capitale. Elle évite aussi bien de réduire le spirituel au psychologique que d’attribuer à la grâce ce qui relève de blessures, de peurs ou de conflits intérieurs.
L’Église possède un patrimoine spirituel d’une richesse exceptionnelle. Pourtant, elle continue souvent à l’exprimer dans un langage devenu étranger à l’expérience psychologique de beaucoup de nos contemporains. De ce décalage naît une part importante de l’incommunication que nous avons mise en évidence tout au long de cet article. La difficulté ne tient pas seulement au contenu du message ; elle tient aussi au fait que celui-ci ne rejoint plus suffisamment l’expérience intérieure de ceux auxquels il est destiné.
2. Évoluer psychologiquement et évoluer spirituellement : l’apport de Scott Peck
Si la difficulté majeure de la communication religieuse contemporaine est de ne plus rejoindre suffisamment l’expérience intérieure de l’homme, existe-t-il un modèle permettant de surmonter cet obstacle ?
L’œuvre de Scott Peck apporte, à cet égard, un éclairage particulièrement intéressant. S’appuyant sur des décennies de pratique psychiatrique et psychanalytique, il formule une affirmation qui peut surprendre, mais qu’il étaye tout au long de son ouvrage Le Chemin le moins fréquenté :

« Je ne fais aucune distinction entre le spirituel et le mental, donc aucune distinction entre évoluer spirituellement et évoluer mentalement : pour moi, c’est la même chose. »
L’intérêt de cette approche ne réside pas seulement dans cette formule. Il tient surtout à sa méthode.
Scott Peck ne commence jamais par parler de Dieu, de la grâce ou de la foi. Il part de l’expérience humaine. Il décrit une difficulté psychologique, une souffrance, un conflit intérieur, une étape de maturation. Le lecteur se reconnaît dans cette expérience avant de découvrir progressivement qu’elle ouvre sur une dimension spirituelle qui conduit finalement à Dieu.
Cette démarche est profondément pédagogique. Elle respecte le cheminement de chacun. Elle ne demande pas d’abord d’adhérer à un discours religieux ; elle invite à relire sa propre expérience. La théologie n’apparaît plus comme un langage étranger, mais comme l’éclairage progressif d’une réalité déjà vécue.
C’est probablement l’une des raisons du succès mondial de cet ouvrage. Scott Peck ne propose pas une théorie de plus ; il accompagne une expérience que chacun peut vérifier dans sa propre vie.
Cette démarche rejoint d’ailleurs une intuition fondamentale de la tradition chrétienne : la grâce ne détruit pas la nature, elle l’accomplit. L’expérience psychologique n’est donc pas étrangère à la vie spirituelle ; elle peut en constituer l’un des chemins d’accès, à condition d’être éclairée par un véritable discernement.
À l’inverse, une communication qui commence par les concepts avant de rejoindre l’expérience risque de demeurer extérieure au lecteur. C’est précisément ce qui explique, au moins en partie, que la grâce divine individuelle — pourtant au cœur du christianisme — demeure aujourd’hui si difficile à percevoir pour beaucoup de fidèles.
L’apport de Scott Peck dépasse ainsi le seul domaine de la psychologie. Il constitue un modèle de communication particulièrement fécond : partir de l’expérience vécue pour conduire progressivement à la compréhension, puis à la vie spirituelle. C’est cette progression qui manque encore trop souvent au discours ecclésial contemporain.
3. De la connaissance de la psychanalyse à son intégration dans la communication pastorale
Contrairement à une idée souvent répandue, l’Église catholique n’ignore pas la psychanalyse. Depuis le milieu du XXᵉ siècle, de nombreux prêtres, religieux et théologiens se sont formés à la psychologie. Les séminaires eux-mêmes comportent généralement une initiation aux sciences humaines afin de mieux préparer les futurs prêtres à l’accompagnement des personnes.
La question n’est donc pas de savoir si l’Église connaît la psychologie, mais si elle en tire toutes les conséquences dans sa manière d’annoncer l’Évangile.
La psychanalyse montre en effet que de nombreux obstacles à la vie spirituelle ne relèvent pas directement de la foi, mais de blessures anciennes, de peurs, de culpabilités, de dépendances ou de besoins inconscients de reconnaissance. À l’inverse, elle aide aussi à reconnaître certains signes annonciateurs d’une évolution intérieure : les rêves, les intuitions soudaines, les lapsus, les actes manqués ou ces éclairs de compréhension qui accompagnent parfois un profond changement de vie.

Cette distinction est essentielle. Elle évite deux erreurs symétriques : psychologiser toute expérience spirituelle ou, inversement, interpréter comme spirituel ce qui relève d’abord de la psychologie. L’accompagnement des personnes gagne en justesse lorsqu’il respecte cette complémentarité plutôt qu’il ne les confond.
La Bible elle-même montre que Dieu peut rejoindre l’homme à travers son expérience intérieure. Les rêves de Joseph, ceux de Pharaon, l’avertissement reçu par les Mages ou encore les songes de saint Joseph témoignent de cette possibilité. L’Écriture invite toutefois toujours au discernement. Tous les rêves ne viennent pas de Dieu, mais Dieu peut parler à travers l’expérience intime de la personne.
Beaucoup de directeurs spirituels reconnaissent aujourd’hui qu’une psychothérapie peut parfois préparer ou faciliter une véritable vie spirituelle. Certaines addictions, certaines blessures affectives ou certaines dépendances constituent moins des fautes morales que des souffrances psychiques qui demandent d’abord à être soignées. Là encore, psychologie et vie spirituelle ne s’opposent pas ; elles se complètent.
4. Rechercher la grâce : une expérience avant d’être un concept
Les plus grands maîtres de la tradition chrétienne ont constamment invité l’homme à revenir vers son intériorité. Saint Augustin résume admirablement cette démarche lorsqu’il écrit :

« Ne sors pas de toi-même ; rentre en toi-même. C’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité. »
Cette invitation demeure pourtant difficile à mettre en pratique. Comment apprendre à se connaître ? Comment distinguer ce qui relève de la psychologie, de l’inconscient ou de la grâce ? Comment reconnaître les transformations profondes qui s’opèrent en nous ?
C’est précisément ici que les sciences humaines peuvent rendre un service précieux à la vie spirituelle. Non pas en se substituant à la grâce, mais en aidant la personne à mieux se connaître, à identifier ses mécanismes de défense, ses blessures, ses illusions ou ses résistances. Elles préparent ainsi un terrain plus disponible à l’action de Dieu.
La psychanalyse constitue, parmi d’autres approches, un moyen privilégié de cette connaissance de soi. Son exigence fondamentale est une remise en question progressive du moi, de ses illusions et de ses défenses. Cette démarche n’est pas étrangère à l’itinéraire spirituel ; elle en partage l’humilité, la patience et le désir de vérité.
Elle demande du temps. L’évolution psychologique, comme l’évolution spirituelle, ne se réduit ni à quelques lectures ni à quelques semaines d’efforts. Toutes deux supposent un cheminement, parfois long, fait de prises de conscience successives.
Tout le monde n’entreprendra pas une psychanalyse. Mais chacun peut apprendre à être plus attentif à son expérience intérieure. C’est souvent là que commencent les premiers signes d’une transformation profonde, psychologique comme spirituelle.
5. Sexualité, psychanalyse et pandémie du porno : un révélateur de l’incommunication
S’il est un domaine où les conséquences de cette réflexion apparaissent avec une particulière netteté, c’est bien celui de la sexualité.
Comme nous l’avons vu, l’Église catholique ne rejette pas la psychologie ni la psychanalyse. Pourtant, dans ce domaine essentiel, un décalage subsiste entre les connaissances acquises par les sciences humaines et la manière dont la parole ecclésiale est souvent perçue.
La psychanalyse a profondément renouvelé la compréhension de la sexualité humaine. Freud a montré le rôle fondateur de la libido dans la construction de la personnalité et l’importance décisive des premières années de la vie. Depuis lors, de nombreux psychanalystes, malgré leurs divergences, ont confirmé que la vie sexuelle s’enracine largement dans des processus inconscients qui échappent à la volonté immédiate de la personne.
L’Église, pour sa part, rappelle avec raison que la personne humaine ne peut être réduite à sa sexualité. Elle est un être appelé à la liberté, à l’amour et à la communion avec Dieu. Ces deux approches ne sont donc pas contradictoires ; elles portent simplement sur des niveaux différents.
Mais si la sexualité possède effectivement des racines psychiques aussi profondes, peut-on espérer qu’une parole essentiellement normative suffise, à elle seule, à transformer les comportements ?
C’est ici que la pandémie mondiale de la pornographie constitue un révélateur particulièrement significatif. Son ampleur montre que le problème ne relève pas seulement d’une faiblesse morale individuelle. Il met également en évidence les limites d’une communication qui ne rejoint pas toujours l’expérience concrète des personnes confrontées à leurs pulsions, à leurs dépendances et à leurs blessures.
Le témoignage de la thérapeute et sexologue Thérèse Hargot est, à cet égard, particulièrement éclairant. Invitée en 2017 au pré-synode rassemblant les jeunes voulu par le pape François, elle fut frappée par un silence qu’elle jugea incompréhensible : alors que les jeunes sont quotidiennement confrontés à la pornographie, aux applications de rencontre, aux nouvelles dépendances et aux interrogations affectives, ces questions restaient largement absentes des échanges. Elle exprima publiquement son étonnement devant cette absence de réflexion sur l’amour, le corps et la sexualité, au cœur même d’une rencontre consacrée à la jeunesse. La réponse officielle de la hiérarchie à son étonnement fut elle-même très surprenante. Nous la reproduisons ici telle qu’elle figure dans Aime et ce que tu veux, fais-le, ouvrage qu’elle a cosigné avec Monseigneur Emmanuel Gobilliard :
« Nous avons décidé de ne pas parler de ces sujets car nous ne voulions pas que cela prenne toute la place dans les échanges et ravive les tensions entre progressistes et conservateurs. Et puis, en tant que religieux, ce n’est pas notre sujet, la sexualité ».
Thérèse Hargot poursuit :
« Ainsi au Vatican, certains disent encore que la sexualité est un sujet anecdotique, qui fait peur, que l’on fuit ».
Si cette réponse apportée au cours d’un colloque était le reflet de l’opinion générale du Vatican sur la sexualité elle aurait, à l’évidence, un caractère très grave. L’exclusion de la sexualité du l’objet du synode est déjà suffisamment grave en raison de sa portée plus générale.
De fait, le document de travail ou Instrumentum Laboris, publié par le Vatican en 2018, ne consacre qu’un seul et très court, le numéro 52, de ses 214 paragraphes, sous un titre pourtant très général : « Le corps, l’affectivité, et la sexualité » et il ne cite la pornographie qu’à deux reprises, comme un fait de société parmi d’autres. Il faudra attendre 2024 pour que le pape François la qualifie, en audience publique, d’œuvre et langage du diable, et pour que l’on parle au Vatican d’épidémie de la pornographie, sinon de pandémie.

Cette réponse fait par ailleurs penser à plusieurs des quinze maladies curiales dénoncées par le pape François, notamment celles que nous citons plus loin dans Les alertes majeures des papes François et Léon XIV : la schizophrénie existentielle, l’indifférence envers les autres ou l’Alzheimer spirituel.
Dans le document publié par le Vatican en juin 2018, intitulé Présentation de l’Instrumentum Laboris il est pourtant écrit que les jeunes « ont vécu des situations telles qu’elles les amènent à affirmer que c’est l’Eglise qui s’est éloignée d’eux. Et ils le disent ouvertement ».
Au-delà de cet épisode, une interrogation demeure.
L’Église n’a-t-elle pas, au moins en partie, sous-estimé la puissance des déterminismes psychiques qui façonnent la sexualité humaine dès l’enfance ? Si tel est le cas, il devient compréhensible qu’une approche principalement doctrinale ou morale peine à répondre à une crise dont les racines sont également psychologiques.
Cette question ne remet nullement en cause l’enseignement moral de l’Église. Elle invite plutôt à le compléter par une meilleure connaissance de la personne humaine. Former les prêtres, mais aussi les éducateurs, les parents et les fidèles à ces réalités psychologiques constituerait probablement un moyen plus efficace de prévention que la seule répétition de principes dont beaucoup reconnaissent aujourd’hui la valeur, sans parvenir pour autant à les vivre.
Les prises de position récentes des papes François et Léon XIV sur les ravages de la pornographie montrent que cette prise de conscience est désormais engagée. Il reste cependant à en tirer toutes les conséquences dans la manière de communiquer, d’accompagner et de former.
Assez curieusement, s’il existe de nombreux ouvrages sur les ravages de la pornographie, parmi lesquels on peut citer ceux de la philosophe Michela Marzano, La pornographie ou l’épuisement du désir et Malaise dans la sexualité : le piège de la pornographie, il est plus difficile de trouver, sur la sexualité elle-même, une œuvre de synthèse contemporaine ayant acquis une véritable valeur de référence.
Plus d’un siècle après sa publication, on attend encore, en quelque sorte, l’équivalent moderne de l’ouvrage révolutionnaire de Freud, Trois Essais sur la théorie sexuelle, publié en 1905.

Celui qui s’en approche peut-être le plus est, à mon avis, le livre du psychanalyste Didier Dumas, Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité ? publié en 2004. Le titre lui-même est révélateur. Dumas ne considère pas seulement la sexualité comme une affaire de pulsion ou de comportement : dans le prolongement notamment de Françoise Dolto, il s’intéresse à la parole sur le corps, aux premiers temps de la vie et aux transmissions familiales et transgénérationnelles.
Surtout, il souligne un paradoxe qui demeure très actuel : dans une société où le sexe est omniprésent dans les images et les discours, la parole véritable sur la sexualité – dans la famille, dans l’éducation et jusque dans le couple – reste étonnamment pauvre.
6. La PNL : de la connaissance à la mise en œuvre

Si la rhétorique nous apprend à construire une parole persuasive et si la psychanalyse nous aide à mieux comprendre la personne humaine, une question essentielle demeure : comment passer de la connaissance à l’action ?
C’est précisément à cette question que répond la Programmation Neuro-Linguistique (PNL).
Sans prétendre expliquer les mécanismes profonds de la personnalité, comme le fait la psychanalyse, la PNL s’intéresse avant tout à l’expérience vécue. Son objectif est concret : observer ce qui fonctionne, comprendre pourquoi cela fonctionne et proposer des méthodes permettant de reproduire ces réussites.
Elle repose essentiellement sur trois principes : la modélisation, la synchronisation et la protocolisation.
La modélisation consiste à observer avec rigueur les personnes ou les institutions qui obtiennent des résultats remarquables afin d’en dégager les facteurs d’excellence. La synchronisation rappelle que toute communication véritable suppose d’abord de rejoindre l’autre dans son expérience, son langage et sa manière de percevoir le monde. Enfin, la protocolisation traduit ces observations en démarches concrètes, reproductibles et progressivement perfectibles.
Cette approche apporte un éclairage particulièrement intéressant à la communication ecclésiale.
L’Église possède un patrimoine doctrinal, spirituel et théologique exceptionnel. Elle énonce avec précision les finalités de la vie chrétienne. En revanche, elle demeure souvent beaucoup plus discrète sur les cheminements concrets permettant à chacun d’en faire personnellement l’expérience.
La grâce en offre une illustration particulièrement significative.
L’Église rappelle constamment que la grâce est au cœur de la vie chrétienne. Mais comment une personne peut-elle apprendre à reconnaître son action dans son existence quotidienne ? Quels en sont les premiers signes ? Quels obstacles psychologiques peuvent en masquer la perception ? Quels itinéraires permettent de développer progressivement cette attention intérieure ?
Ces questions reçoivent rarement des réponses pratiques. Il existe ainsi un décalage entre la richesse de l’enseignement doctrinal et les moyens proposés pour en faire une expérience personnelle.
La PNL rappelle opportunément qu’une connaissance ne transforme réellement une personne que lorsqu’elle devient une expérience vécue, puis une pratique. En ce sens, elle ne concurrence nullement la théologie ; elle invite à réfléchir aux moyens pédagogiques qui permettent d’en rendre le contenu plus accessible.
Cette logique rejoint précisément la démarche de Scott Peck. Son œuvre ne commence pas par une théorie sur Dieu ; elle part de l’expérience humaine avant d’en révéler progressivement la dimension spirituelle. C’est sans doute l’une des raisons majeures de son immense succès : le lecteur ne reçoit pas d’abord une explication ; il reconnaît une expérience qui est déjà la sienne.
Il en va probablement de même pour toute communication féconde. Elle ne consiste pas seulement à transmettre une vérité ; elle aide chacun à la reconnaître dans sa propre existence.
L’Église possède un trésor spirituel incomparable. Le défi du XXIᵉ siècle n’est sans doute plus d’en approfondir le contenu, mais d’inventer les pédagogies qui permettront à nos contemporains d’en faire eux-mêmes l’expérience.
C’est précisément cette recherche qui sera l’objet du troisième article consacré à la grâce divine individuelle.
III. LES AVANCÉES DE L’ÉGLISE EN MATIÈRE DE COMMUNICATION
La quatrième branche de la carte heuristique est consacrée à la spiritualité. Elle met en évidence quelques-unes des principales avancées récentes de l’Église en matière de communication et d’organisation, deux domaines étroitement liés. Cette sélection ne prétend pas à l’exhaustivité.

Elle retient uniquement les initiatives qui éclairent directement le sujet de cet article : la capacité de l’Église à renouveler son discours et à mieux répondre aux défis du monde contemporain. Nous avons cependant mentionné pour mémoire l’encyclique du pape Jean Paul II, Dives in Misericordia, qui est très antérieure : 1980, en raison de son importance tant sur le plan théologique qu’en ce qui concerne l’évolution du monde actuel.
Cette réflexion s’articule autour de trois axes : les alertes majeures lancées par les papes François et Léon XIV, le diagnostic porté par Léon XIV dans Libres sous la Grâce, puis les principales avancées déjà engagées dans le domaine de la communication.
1. Les alertes majeures des papes François et Léon XIV
Au cours de son pontificat, le pape François a lancé plusieurs alertes majeures qui témoignent de sa volonté de regarder sans complaisance les difficultés auxquelles l’Église est confrontée.
La première concerne la réforme de la Curie romaine. Celle-ci est aujourd’hui largement engagée sur le plan institutionnel, même si son appropriation culturelle et pratique demeure un chantier de longue haleine.
Le 22 décembre 2014, à l’occasion de ses vœux de Noël à la Curie, François prononce un discours devenu historique. Au lieu des traditionnelles félicitations, il dresse un diagnostic sévère des dysfonctionnements internes de l’institution en identifiant quinze « maladies curiales » susceptibles d’en altérer le fonctionnement.
Certaines de ces maladies résonnent particulièrement avec les difficultés actuelles de l’Église. Ainsi, la « schizophrénie existentielle », qui conduit certains responsables à mener « une vie cachée et souvent dissolue », ou encore « l’indifférence envers les autres », peuvent contribuer à expliquer la perte de crédibilité de l’institution face à certains phénomènes contemporains, notamment la pandémie pornographique. De même, « l’Alzheimer spirituel », défini comme un affaiblissement progressif de la mémoire spirituelle, invite à s’interroger sur la place aujourd’hui accordée à des réalités pourtant centrales de la foi chrétienne, telles que la grâce divine individuelle.
La deuxième alerte concerne précisément la pandémie du porno. Comme je l’ai montré dans mon précédent article, « Société érotique » : Satan au cœur de l’Église ? La pandémie du porno, le pape François a dénoncé publiquement, en 2024, avec une exceptionnelle fermeté, les ravages de la pornographie numérique, allant jusqu’à la qualifier d’« œuvre et langage du diable ». Rarement un pape s’était exprimé avec une telle vigueur sur un phénomène culturel contemporain.
La troisième alerte est d’une tout autre nature. Avec l’encyclique Laudato Si’, consacrée à « la sauvegarde de la maison commune », François a replacé l’Église au cœur d’un débat mondial qui concerne l’ensemble de l’humanité. Ce texte est devenu une référence internationale sur les questions environnementales et illustre la capacité de l’Église à prendre la parole sur les grands enjeux de civilisation.
Dès le début de son pontificat, Léon XIV s’inscrit dans cette même dynamique de lucidité et d’ouverture. Deux publications majeures en témoignent.
La première est son livre Libres sous la Grâce, publié en 2025 qui propose, on l’a vu, un diagnostic particulièrement direct de la situation actuelle de l’Église catholique.
La seconde est l’encyclique Magnifique humanité, consacrée à l’intelligence artificielle. En abordant l’un des bouleversements majeurs du XXIᵉ siècle, Léon XIV montre que l’Église entend participer pleinement à la réflexion sur la cinquième révolution industrielle. Après Laudato Si’ pour l’écologie, cette encyclique ouvre un nouveau champ de réflexion et contribue à actualiser profondément le discours de l’Église.
Au-delà de la diversité de leurs thèmes, ces différentes interventions présentent un trait commun. Elles traduisent une volonté nouvelle de regarder lucidement la réalité, y compris lorsque celle-ci met en cause l’institution elle-même. Or cette exigence de vérité constitue l’une des premières conditions d’une communication authentique. Avant de mieux parler au monde, l’Église commence par accepter de se regarder elle-même avec franchise. C’est cette lucidité qui donne toute sa portée au diagnostic formulé par Léon XIV dans Libres sous la Grâce et qui ouvre la voie à un véritable renouveau de la communication ecclésiale.
2. Libres sous la Grâce : du diagnostic à la nécessité d’une nouvelle communication
Le livre Libres sous la Grâce constitue sans doute l’un des diagnostics les plus lucides portés depuis longtemps sur la situation de l’Église catholique.
Fait remarquable, Léon XIV emploie très rarement le mot « crise ». Il préfère évoquer des « temps difficiles », des « moments de grandes épreuves » ou encore « une grande crise d’espérance » qui touche l’ensemble de l’humanité. Ce choix de vocabulaire n’atténue en rien la gravité du constat ; il lui confère au contraire davantage de force.
Ainsi écrit-il :
« Il est vrai qu’aujourd’hui nous vivons des temps difficiles, des moments de grandes épreuves, tant au niveau social qu’ecclésial. Nous reconnaissons que la vie religieuse traverse une période difficile sur tous les continents. Parfois nous nous demandons quel sera l’avenir de la vie religieuse et si elle possède encore une force prophétique. »
Ce diagnostic frappe par son absence de langue de bois. Sans catastrophisme, mais avec une grande franchise, Léon XIV reconnaît les difficultés profondes auxquelles l’Église est confrontée.
La carte heuristique retient quatre critiques majeures qui traversent son analyse :
- une image profondément dégradée par les scandales sexuels et les conséquences de la pandémie pornographique ;
- une institution parfois trop centrée sur elle-même ;
- une insuffisance de recherche, d’innovation et d’anticipation ;
- une communication souvent déconnectée des attentes de nos contemporains.
Mais l’intérêt du livre est précisément de ne pas s’arrêter à ce constat. À côté des faiblesses, Léon XIV met en lumière les immenses ressources dont dispose encore l’Église.
La première est peut-être aussi la plus fondamentale : Dieu veut notre bonheur. Cette affirmation, pourtant au cœur même du christianisme, n’est pas toujours celle qui est spontanément mise en avant dans le discours ecclésial.
Le pape rappelle ensuite que l’être humain est, par nature, un être de relation. Dans une société marquée par la solitude, l’individualisme et la fragmentation sociale, l’Église peut offrir un espace privilégié de fraternité, de solidarité et d’espérance.
Il souligne également que notre époque demeure en quête de repères. Les grandes questions du sens, du bien commun, de la dignité humaine ou de la justice continuent de se poser avec une acuité nouvelle. Sur ces sujets, l’Église possède un patrimoine spirituel, moral et culturel d’une richesse exceptionnelle.
Enfin apparaît, en filigrane de tout l’ouvrage, ce qui constitue sans doute le cœur de son message, même si le thème n’est pas développé de manière systématique : l’action de la grâce divine individuelle. C’est elle qui rend possible la transformation intérieure de chaque personne et fonde, en définitive, toute espérance de renouveau, aussi bien personnel qu’ecclésial.
3. Les avancées de l’Église en matière de communication
Il ne s’agit évidemment pas de dresser ici un bilan complet de la politique de communication de l’Église. L’objectif est plus modeste : mettre en évidence quelques initiatives particulièrement significatives qui montrent que, depuis une dizaine d’années, l’Église s’est déjà engagée dans une profonde évolution de son mode de communication.
Ces initiatives demeurent encore dispersées et demandent à être poursuivies, notamment grâce aux possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Elles n’en constituent pas moins autant de signes encourageants d’un renouveau déjà à l’œuvre.
2014 — Les quinze maladies de la Curie

En dressant publiquement la liste des quinze « maladies curiales » qui affectent le gouvernement central de l’Église, le pape François accomplit un geste d’une rare audace. Peu d’institutions internationales accepteraient d’exposer avec une telle transparence leurs propres dysfonctionnements. Cette démarche inaugure une nouvelle manière de communiquer : reconnaître lucidement les difficultés afin de mieux les surmonter.
2015 — L’environnement devient une priorité mondiale

Avec Laudato Si’, l’Église montre sa capacité à intervenir sur l’un des grands défis de notre temps. Bien au-delà du monde catholique, cette encyclique est devenue une référence internationale sur les questions environnementales et a considérablement renforcé la crédibilité de la parole de l’Église dans le débat public.
2018 — Une parole nouvelle sur la sexualité
Avec Aime et ce que tu veux, fais-le, Mgr Emmanuel Gobilliard et Thérèse Hargot publient l’un des premiers ouvrages écrits sans tabou sur la sexualité par un évêque catholique. Ce livre marque une évolution importante : il manifeste la volonté d’aborder avec franchise un sujet longtemps resté difficile dans le discours ecclésial.
2024 — La dénonciation de la pandémie pornographique
En qualifiant publiquement la pornographie numérique d’« œuvre et langage du diable », le pape François rompt avec une prudence qui caractérisait souvent les prises de parole sur ce sujet. Il reconnaît explicitement l’ampleur d’un phénomène qui touche aujourd’hui des centaines de millions de personnes, notamment les plus jeunes.
2025 — Libres sous la Grâce
Avec ce livre, Léon XIV franchit une nouvelle étape. Son diagnostic, direct et sans langue de bois, montre qu’une parole lucide sur les difficultés de l’Église n’affaiblit pas son autorité ; elle contribue au contraire à restaurer sa crédibilité.
2026 — Magnifique humanité

En consacrant sa première encyclique à l’intelligence artificielle, Léon XIV inscrit résolument l’Église dans l’une des grandes révolutions de notre époque. Après l’écologie avec Laudato Si’, il ouvre un nouveau champ de réflexion sur les rapports entre la technique, la personne humaine et la foi.
La conclusion de cette encyclique résume admirablement cette espérance :
« L’ère de l’intelligence artificielle peut, elle aussi, devenir un passage par lequel l’Esprit fait mûrir la civilisation de l’Amour dans nos vies. »
Cette formule est particulièrement significative. Loin de considérer les mutations technologiques comme une menace, l’Église les envisage comme une occasion nouvelle d’accomplir sa mission. Elle marque ainsi une évolution profonde de son rapport au monde contemporain.
Mais elle invite aussi à regarder plus largement l’évolution du monde lui-même. Celle-ci ne se réduit pas à une succession désordonnée d’innovations. Le cycle de Kondratieff, peu connu du grand public mais particulièrement éclairant, permet d’en visualiser le mouvement de longue durée: aux premières révolutions industrielles, essentiellement matérielles — machine à vapeur, chemin de fer — a succédé une révolution à la fois matérielle et intellectuelle, celle de l’électricité, puis des révolutions où la connaissance et l’intelligence occupent une place croissante : l’informatique, à partir des années 1950, et aujourd’hui l’intelligence artificielle. Le mot clé est ici celui d’évolution.
Le graphique présenté dans mon blog : « Draghi : « l’UE a raté la révolution de l’informatique ». et celle de l’IA » ? permet de saisir d’un seul regard cet enchaînement, depuis la révolution informatique jusqu’à la première phase de celle de l’intelligence artificielle.
Pour le croyant, cette évolution peut aussi recevoir une lecture spirituelle. Le progrès technique n’est évidemment pas, par lui-même, la preuve d’un dessein divin et son usage peut conduire au meilleur comme au pire. Mais le passage progressif de la puissance des machines à celle de l’information, puis de l’intelligence, peut être regardé comme l’un des signes matériels d’une humanité en devenir. À travers cette évolution peut alors se lire, dans une perspective de foi, quelque chose du projet de Dieu pour l’humanité.
IV. LE SYSTÈME D’ÉVALUATION DE L’INCOMMUNICATION
1. Aux origines du système
Le système d’évaluation proposé dans cet article ne résulte pas d’une construction théorique élaborée a priori. Il s’est constitué progressivement à partir de trois sources complémentaires.

La première source réside dans les diagnostics de fond formulés par les papes François et Léon XIV. Leur analyse de la crise actuelle de l’Église a fourni le socle de ma réflexion. Mon travail n’a pas consisté à les remplacer, mais à les prolonger en les confrontant aux lois de la communication afin d’en faire apparaître les causes techniques.
La deuxième source provient d’un travail de recherche documentaire consacré à la pandémie du porno. Les statistiques disponibles sont peu nombreuses et souvent difficiles d’accès, mais elles révèlent toutes un phénomène d’une ampleur considérable, qui touche désormais l’ensemble de la société. C’est précisément le contraste entre cette progression spectaculaire et l’incapacité de l’Église à la prévenir ou à l’enrayer qui m’a conduit à prendre conscience de l’existence d’un problème beaucoup plus profond : celui de l’incommunication.
Enfin, une troisième dimension s’est imposée à partir d’une expérience personnelle de la grâce individuelle. Je reviendrai sur cette expérience dans le prochain article. Elle m’a conduit à constater, non sans surprise, combien cette dimension pourtant centrale de la vie chrétienne est devenue discrète dans le discours contemporain de l’Église. C’est alors que la cohérence entre les trois crises — celle de la pornographie, celle de l’incommunication et celle de l’effacement de la grâce individuelle — est apparue avec évidence.
2. Un instrument de diagnostic
Le système d’évaluation est représenté par la carte heuristique placée en tête de cet article. Celle-ci ne constitue pas la méthode elle-même ; elle en offre simplement une représentation synthétique.
L’ambition de ce système est de fournir une grille de lecture permettant d’évaluer objectivement la qualité d’une communication. Comme toute démarche de diagnostic, elle cherche moins à porter un jugement qu’à identifier les mécanismes qui expliquent les réussites ou les échecs d’une parole.
Cette grille s’organise autour de quatre domaines essentiels de connaissance : la pensée, la parole, l’économie et la spiritualité. Chacun apporte des critères complémentaires d’analyse, parfois éloignés en apparence de la communication mais qui, en réalité, l’éclairent profondément. C’est notamment le cas de l’économie et du marketing, dont l’étude des attentes, des comportements et des besoins des personnes enrichit considérablement la compréhension des phénomènes de communication. Certaines évolutions contemporaines, y compris technologiques, peuvent même être comprises, comme le suggère Léon XIV à propos de l’intelligence artificielle, comme des manifestations du projet de Dieu pour l’humanité.
3. La rhétorique, ossature du système
Au cœur de cette méthode se trouve la rhétorique dans sa définition la plus large : « la recherche de l’expression optimale de la pensée par le langage ».

Ce choix peut surprendre. Pourtant, aucune autre discipline n’a montré une telle permanence à travers les siècles. Depuis Aristote, la rhétorique demeure la seule méthode de communication véritablement universelle, parce qu’elle s’adresse simultanément à nos trois principaux modes de perception de la réalité : la raison (logos), les valeurs (éthos) et les affects (pathos).
À chacun de ces trois modes de perception correspond un langage spécifique : celui de la logique, celui de l’éthique et celui de la psychologie.
Lorsqu’ils sont harmonieusement associés, ces trois langages donnent à la parole toute sa puissance de conviction et captivent le destinataire. À l’inverse, leur déséquilibre ou leur absence est presque toujours à l’origine de l’incommunication. Ce n’est pas un hasard si l’une des meilleures définitions de la rhétorique, donnée par Christian Plantin, directeur de recherche au C.N.R.S., est « l’étude de l’incompréhension et de ses remèdes » et si, une orfèvre en la matière, Jacqueline de Romilly, membre de l’Académie française et helléniste de renommée internationale, écrit : « La rhétorique se situe à la plus haute place parmi les sciences authentiques ».

J’ai synthétisé les dix concepts fondamentaux de la rhétorique dans un article de mon blog intitulé « Le triangle rhétorique, base de toute communication réussie ». Publié en 2015 cet article est, depuis, constamment classé en premier par Google Image.
J’ai par ailleurs eu le privilège de pouvoir vérifier, pendant quinze ans, la grande efficacité de la rhétorique, selon la définition Plantin, dans l’élaboration de leur CV par quelques 500 cadres d’entreprise.
Le système proposé ne crée donc pas une méthode nouvelle. Il s’appuie sur une ossature qui a fait ses preuves depuis plus de deux millénaires et l’enrichit des connaissances acquises depuis lors.
4. L’apport des disciplines modernes
La force de cette approche réside précisément dans son ouverture.
Les cartes heuristiques, la psychologie, la psychanalyse, le marketing, la Programmation Neuro-Linguistique, les sciences cognitives et, aujourd’hui, l’intelligence artificielle, n’ont pas remplacé la rhétorique ; elles en prolongent les enseignements en apportant, dans chacun de ses trois langages, des éclairages nouveaux sur le fonctionnement de la pensée, des émotions et des comportements humains.

Ainsi, dans le domaine de la logique, les travaux de Victor Thibaudeau, notamment dans Principes de logique, mettent admirablement en évidence les trois opérations fondamentales de la pensée : définir, énoncer et argumenter.
Nous verrons que ces trois opérations se trouvent précisément mises en défaut dans les deux crises majeures analysées dans ce triptyque : la pandémie du porno et la quasi-disparition de la grâce du discours chrétien.
5. Les cinq critères d’évaluation de la parole
Chacun des quatre domaines de connaissance est décliné en critères généraux puis, éventuellement, en critères opérationnels.
Le domaine de la parole (v. carte heuristique) comprend trois critères généraux, ou sources : Rhétorique, Psychanalyse et PNL. Les cinq critères opérationnels ci-dessous sont issus des deux premiers critères généraux, rhétorique et psychanalyse. Ils étaient déjà présentés dans Les Huit règles d’or de la communication (2014). Je les ai repris ici sous une forme enrichie :
- Instaurer la confiance ;
- Dire la vérité ;
- Aller à l’essentiel ;
- Être clair ;
- Optimiser le style.

Deux de ces critères, instaurer la confiance et être clair, ont été explicitement définis par Aristote lui-même, père de la rhétorique, et plébiscités par les grands auteurs au fil des siècles. Le florilège des 130 meilleures citations concernant la communication figurant dans les Huit règles d’or de la communication, établi avant que j’aie connaissance de la rhétorique, qui ne figurait pas dans cet ouvrage, intégrait déjà la clarté comme qualité principale de la communication.
Les trois autres critères — dire la vérité, aller à l’essentiel, optimiser le style — résultent, dans une première approche, d’une analyse statistique du florilège des citations, complétée par une réflexion qualitative inspirée par une pensée de l’écrivain américain Ezra Pound : « Les grandes [citations] sont simplement du langage chargé de sens au plus degré possible ».
Mais, la force de ces cinq critères tient aussi à leur caractère universel. Ils ne résultent pas d’une construction théorique élaborée a priori, mais de l’observation empirique de milliers de situations de communication. Chacun les applique déjà intuitivement dans sa vie quotidienne, souvent sans en avoir conscience. Le système proposé ne fait que rendre explicites et mesurables des critères que chacun utilise spontanément pour juger de la qualité d’une parole.
L’expérience montre que, dès qu’une communication s’écarte d’aller à l’essentiel, l’attention et l’adhésion du destinataire chute verticalement. Cette affirmation peut sembler relever de l’hyperbole facile mais cette première réaction face à l’écrit est-elle différente de celle immédiatement ressentie lors d’un premier entretien ?
La grande journaliste que fut Françoise Giroud ne conseillait-t-elle pas à ses jeunes confrères d’aller à l’essentiel dès les toutes premières lignes d’un article ?
Dans le même ordre d’idée on sait que la consultation d’un nouveau site internet est une affaire d’une dizaine de secondes seulement. Si celui-ci n’est pas clair, ne va pas directement à l’essentiel, dans la majorité des cas l’internaute le quitte quasi immédiatement.
Ces critères seront complétés, lorsque cela sera nécessaire, par les apports spécifiques de la psychanalyse, de la programmation neuro-linguistique, du marketing et des autres disciplines mobilisées dans cette étude.
6. Une méthode d’analyse
Cette grille d’évaluation constituera le fil conducteur de la suite de cet article.
Elle permettra d’examiner successivement les différents aspects de la crise actuelle de l’Église et de montrer que, derrière des phénomènes apparemment très différents — qu’il s’agisse de la pandémie pornographique, de l’effacement de la grâce dans le discours chrétien ou des difficultés de communication de l’institution — se retrouve le même mécanisme d’incommunication.
L’objectif n’est donc pas d’ajouter un diagnostic de plus à ceux qui existent déjà, mais de proposer un instrument d’analyse susceptible d’en mettre en évidence les causes profondes et, par là même, d’ouvrir la voie à leur dépassement.
L’originalité de cette démarche ne réside pas dans chacun des outils utilisés, mais dans leur mise en cohérence au sein d’un même système d’évaluation de la communication.
V. ÉVALUATION DE L’INCOMMUNICATION DE L’ÉGLISE
L’objet de cet article n’est pas de porter un jugement sur l’Église, mais d’appliquer à sa communication un système d’évaluation fondé sur cinq critères universels de la parole. Ces critères ne sont pas propres au christianisme. Ils valent pour toute communication humaine, qu’elle soit politique, économique, éducative, médiatique ou religieuse.
Lorsqu’une communication répond à ces cinq exigences, elle possède les meilleures chances d’être comprise, mémorisée et de produire les effets recherchés. À l’inverse, lorsque plusieurs de ces critères sont simultanément défaillants, la communication perd progressivement son efficacité jusqu’à basculer dans l’incommunication.
Deux observations préalables s’imposent.
La première concerne l’évolution profonde du public auquel s’adresse aujourd’hui l’Église. Dans une société saturée d’informations, où l’attention est de plus en plus difficile à capter et à conserver, la confiance, la clarté, la simplicité et l’attractivité du message deviennent des conditions essentielles de toute communication. Le futur pape Léon XIV en a lui-même souligné les difficultés :
« Le défi de parler de leadership dans le monde actuel et dans l’Église actuelle est immense. »
Il constate également :
« Nous vivons une époque de grande cécité spirituelle et culturelle. »
Et encore :
« L’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir. »
Ces trois observations résument à elles seules l’ampleur du défi auquel l’Église est désormais confrontée.
La seconde observation concerne les cinq critères eux-mêmes. Ils ne sont pas indépendants les uns des autres. Bien au contraire, ils se renforcent mutuellement. Une communication qui manque de clarté finit souvent par ne plus aller à l’essentiel ; une communication qui ne dit pas toute la vérité perd progressivement la confiance ; un style inadapté rend plus difficile la compréhension du message.
Il existe donc de nombreuses interactions entre ces cinq critères. Chacun éclaire un aspect particulier de la communication, mais la défaillance d’un seul d’entre eux constitue déjà un signal d’alerte. Lorsqu’ils sont plusieurs à être simultanément en cause, c’est l’ensemble du système de communication qui se trouve fragilisé.
C’est à la lumière de ces cinq critères qu’il est maintenant possible d’évaluer la communication actuelle de l’Église.
1. Instaurer la confiance
Aristote considérait déjà que la première qualité d’un orateur était sa capacité à inspirer confiance. Plus de vingt siècles plus tard, cette affirmation n’a rien perdu de son actualité. Avant même d’écouter un message, nous jugeons spontanément celui qui le porte. La crédibilité du messager conditionne largement la réception du message.
Or c’est précisément sur ce premier critère que l’Église traverse aujourd’hui l’une des crises les plus graves de son histoire récente.
Le futur pape Léon XIV l’avait lui-même reconnu avec lucidité dès 2002 :
« Beaucoup ont du mal à identifier et à comprendre l’Église en ce moment… L’image publique de l’Église est constamment remise en question. »
Depuis lors, cette crise de confiance ne s’est malheureusement pas résorbée. Les scandales sexuels ont profondément altéré l’autorité morale de l’institution. À cette crise éthique s’ajoute la progression spectaculaire de la pandémie pornographique, qui touche désormais également des membres du clergé dans plusieurs pays. Cette situation nourrit un doute profond sur la capacité de l’Église à proposer une réponse crédible aux grandes questions contemporaines.
Mais la crise de confiance ne relève pas seulement de l’éthique.
Elle possède également une dimension théologique.
Comme nous l’avons montré dans les pages précédentes, la grâce individuelle, pourtant au cœur même de la vie chrétienne, demeure très largement absente du discours pastoral ordinaire. Beaucoup de fidèles ignorent concrètement comment cette grâce agit dans leur existence quotidienne. Cette absence crée un second déficit de crédibilité.
L’Église apparaît ainsi fragilisée sur ses deux fondements essentiels : son exemplarité morale et sa capacité à transmettre le cœur vivant de la foi.
Or sans confiance, aucune communication durable n’est possible.
2. Être clair
Après la confiance vient la clarté.
Une communication ne peut produire d’effet que si son destinataire comprend immédiatement ce qui lui est proposé.
L’Église possède un patrimoine doctrinal d’une richesse exceptionnelle. Mais cette richesse constitue également un risque : celui de laisser l’essentiel se perdre dans l’abondance des développements théologiques.
La clarté repose d’abord sur la logique. Victor Thibaudeau montre que celle-ci met en œuvre trois opérations fondamentales de l’intelligence : définir, énoncer et argumenter. Ces trois opérations doivent fonctionner ensemble.
Or, dans le cas de la grâce individuelle, si la doctrine est abondamment développée, son mode d’emploi concret demeure rarement explicité. Beaucoup de fidèles savent que la grâce existe ; beaucoup moins savent comment elle agit, comment la reconnaître ou comment y coopérer dans leur vie quotidienne. Cette insuffisance de l’énonciation affaiblit inévitablement l’argumentation elle-même. La démonstration devient abstraite là où elle pourrait s’appuyer sur l’expérience vécue.
La clarté suppose également un langage adapté à son public.
Nous avons vu plus haut (v. II.5) combien l’Eglise est hésitante dans son discours sur la sexualité, allant jusqu’à refuser de l’expliciter à l’occasion du synode des évêques de 2018 pourtant consacré aux jeunes et ne lui concédant qu’un seul et court paragraphe sur les 214 que comporte le rapport de synthèse (Instrumentum laboris).
Le futur Léon XIV résume parfaitement cet enjeu :
« Le monde nous tournera le dos parce que nous ne sommes pas capables de communiquer le message de l’Évangile dans un langage intelligible pour la culture d’aujourd’hui. »
Cette remarque constitue sans doute l’un des diagnostics les plus lucides sur la communication actuelle de l’Église.
Être clair ne signifie pas simplifier la foi. Cela signifie rendre intelligible un message qui demeure d’une profondeur infinie.
3. Aller à l’essentiel
La troisième exigence découle naturellement des précédentes.
Une communication claire est une communication qui hiérarchise son message et met en lumière ce qui est essentiel.
Au fil des siècles, la doctrine catholique s’est considérablement enrichie. Cette richesse est un trésor. Mais elle comporte aussi un danger : celui de diluer progressivement le message fondateur dans une multitude de thèmes secondaires, de disperser l’attention et d’affaiblir ainsi la visibilité du cœur même de l’Évangile.
Or quel est ce cœur ?
Le Christ lui-même n’a laissé aucun doute sur ce qui constitue le cœur de son enseignement :
« Aimez-vous les uns les autres. »

Cette parole n’est pas une recommandation parmi d’autres. Elle résume l’Évangile tout entier. Elle est à la fois le cœur de la foi chrétienne, son programme de vie et sa plus grande promesse adressée à l’humanité.
Or un fait mérite d’être souligné. L’Évangile selon saint Jean où cette parole est proclamée explicitement comme Évangile du jour n’est lu que quatre à six fois par an, soit environ 1 à 2 % de l’année liturgique. Autrement dit, pendant plus de 98 % de l’année, le cœur explicite du message chrétien n’est pas entendu dans la liturgie quotidienne.
Mais, le paradoxe apparaît jusque dans le Catéchisme de l’Eglise catholique. Celui-ci affirme parfaitement l’importance du second grand commandement du Christ — « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » — et en fait même le titre du chapitre regroupant les sept derniers commandements. Mais ce chapitre n’occupe, on l’a vu, qu’une demi-page sur les quatre-vingt-douze consacrées aux Dix Commandements. Sur le plan de la communication, l’essentiel risque précisément de disparaître dans son propre développement : le commandement positif de l’amour se trouve noyé dans l’exposé détaillé des interdits et des obligations qui doivent en permettre l’application. Il est interdit d’interdire ! Au-delà de l’exagération soixantehuitarde, est-il besoin de souligner que la motivation est beaucoup plus suscitée par la promesse que par l’interdit ?
La conséquence apparaît jusque dans l’examen de conscience : celui-ci est très souvent construit à partir des Dix Commandements et conduit naturellement à se demander : « Qu’ai-je fait de mal ? » Ne faudrait-il pas commencer par la question beaucoup plus directement évangélique : « Comment ai-je aimé ? » — Dieu, les autres et moi-même — puis utiliser les Dix Commandements pour vérifier concrètement la réponse ?
Ce constat n’enlève évidemment rien à la richesse des autres lectures, où l’amour est souvent présent de manière implicite. Mais il pose une véritable question de communication.
Toutes les études sur la mémoire et l’assimilation montrent qu’un message central ne s’impose durablement que s’il est régulièrement répété. C’est l’une des lois les mieux établies de la communication, de la pédagogie et du marketing. Les grandes entreprises l’ont compris depuis longtemps : elles résument leur identité autour d’une promesse simple, constamment réaffirmée.
Pourquoi l’Église ne ferait-elle pas de même avec ce qui constitue le cœur même de l’Évangile ?
Par analogie à l’Unique Selling Proposition des grandes entreprises ne pourrait-on pas parler d’une Unique Theological Proposition : une formulation simple, immédiatement mémorisable, capable d’exprimer en quelques mots l’essentiel permanent du christianisme.
À cet égard, la volonté exprimée par Léon XIV de faire de l’Église l’artisan de la Civilisation de l’Amour prend une portée particulière. Elle recentre l’annonce chrétienne sur sa vocation première : rendre crédible, visible et désirable le commandement de l’amour.
Cette observation dépasse d’ailleurs le seul critère « aller à l’essentiel ». Elle éclaire également plusieurs des autres critères étudiés dans cet article. Car un message qui n’occupe plus visiblement la première place finit inévitablement par perdre en clarté, en mémorisation, en crédibilité et même en capacité à susciter la confiance.
Enfin, aller à l’essentiel suppose aussi de regarder en face la réalité humaine. Parmi les réalités majeures de notre époque figure la pandémie pornographique. Si l’Église veut annoncer de manière crédible la Civilisation de l’Amour, elle ne peut laisser ce sujet à la périphérie de sa parole. Là encore, aller à l’essentiel consiste à rejoindre l’expérience concrète des hommes et des femmes d’aujourd’hui.
4. Dire la vérité

La vérité constitue le fondement même de la foi chrétienne. Le Christ ne se présente pas seulement comme un maître ou un prophète ; il affirme : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. » Dès lors, toute communication de l’Église devrait avoir pour première exigence de transmettre la vérité dans toute son intégrité.
Cette exigence concerne à la fois le fond et la forme.
Sur le fond, la question essentielle est celle de la grâce individuelle. Tout au long de cet article, nous avons montré qu’elle constitue le cœur vivant de la foi chrétienne. Sans elle, le christianisme risque d’être perçu comme une doctrine morale parmi d’autres ou comme un ensemble de prescriptions religieuses. Avec elle, il devient une expérience vécue de la rencontre entre Dieu et chaque personne.
Or, si la théologie de la grâce est abondamment développée dans les textes du Magistère, son application concrète à la vie quotidienne demeure largement absente de la prédication ordinaire. Beaucoup de fidèles savent que la grâce existe ; peu savent comment la reconnaître, comment l’accueillir ou comment discerner son action dans leur propre existence.
Cette absence n’est pas une erreur doctrinale ; elle constitue une omission pastorale. L’Église ne nie pas la grâce : elle en parle insuffisamment sous son aspect le plus concret et le plus existentiel. Or une vérité essentielle qui demeure pratiquement silencieuse finit, dans les faits, par devenir invisible.
À cette première difficulté s’en ajoute une seconde.
Une vérité n’est pleinement communiquée que lorsqu’elle est exprimée dans un langage accessible à ceux auxquels elle s’adresse. À cet égard, le contraste est saisissant entre la simplicité du langage du Christ et la complexité croissante de nombreux documents ecclésiaux. Le Catéchisme de l’Église catholique constitue une œuvre doctrinale remarquable ; mais ses quelque huit cents pages restent difficilement accessibles à la majorité des fidèles.
Le futur Léon XIV résume cette difficulté avec une remarquable lucidité :
« Le monde nous tournera le dos parce que nous ne sommes pas capables de communiquer le message de l’Évangile dans un langage intelligible pour la culture d’aujourd’hui. »
Ainsi, le critère de vérité ne concerne pas seulement l’exactitude doctrinale. Il suppose également que cette vérité puisse être entendue, comprise et vécue. Une vérité inaccessible est une vérité qui ne remplit plus pleinement sa mission de communication.
5. Optimiser le style
Le style est souvent considéré comme un simple ornement de la pensée. En communication, il est beaucoup plus : il constitue l’un des principaux vecteurs de la compréhension et de l’émotion. La PNL précise à ce sujet, par l’acronyme VAKOG, que nous percevons la réalité par nos cinq sens : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif et qu’une communication vivante, utilisant notamment la métaphore, est d’autant plus efficace qu’elle s’adresse à plusieurs sens, notamment les deux principaux : le visuel et l’auditif.

Par ailleurs, depuis l’Antiquité, les plus grands auteurs ont souligné que le style n’est jamais dissociable de la pensée elle-même. Victor Hugo écrivait que « les vrais grands écrivains sont ceux dont la pensée occupe tous les recoins du style ». Jules Renard ajoutait : « Il ne peut y avoir d’un côté la forme, de l’autre le fond. Un mauvais style est une pensée imparfaite. » Quant à Jean Cocteau, il résumait admirablement cette exigence : « Le style est une façon simple de dire des choses compliquées. »
Ces réflexions prennent une résonance particulière lorsqu’on les applique à la communication de l’Église.
Le futur Léon XIV lui-même insiste sur cette dimension :
« Les liturgies froides et inexpressives du passé, avec des homélies qui ne touchent en rien l’expérience vivante de nos auditeurs, sont dénuées de sens et ne sont pas source d’inspiration ».
Il s’interroge également :
« Ne faisons-nous que répéter des paroles d’un rituel vide et routinier ? »
Et il rappelle enfin :
« L’essence de la prière n’est pas la répétition mécanique des mots, mais plutôt l’ouverture de notre vie à une relation avec le Père ».
Ces remarques rejoignent une évidence de toute communication : un message ne convainc pas seulement par son contenu ; il convainc aussi par la manière dont il est incarné.
À cet égard, le contraste entre le style du Christ et celui de nombreux textes ecclésiaux est particulièrement frappant.

Jésus parle le langage de la vie quotidienne. Il enseigne au moyen d’images, de paraboles, de comparaisons, de situations concrètes. Ses paroles frappent l’imagination autant que l’intelligence. Comme celle du Semeur, ces paraboles sont courtes, mémorisables, universelles. Deux mille ans plus tard, elles demeurent immédiatement compréhensibles.
À l’inverse, la communication institutionnelle de l’Église privilégie souvent un vocabulaire abstrait, conceptuel et technique, davantage adapté au débat théologique qu’à l’annonce de l’Évangile. Ce langage n’est pas faux ; il est simplement devenu moins accessible à une culture qui privilégie l’image, le récit et l’expérience.
Or le style ne relève pas seulement de l’esthétique ; il participe directement de l’efficacité de la communication. Comme le rappelait le publicitaire Jacques Séguéla, la communication mobilise autant le « quotient émotionnel » que le « quotient intellectuel ». Une parole qui éclaire sans émouvoir demeure souvent sans effet ; une parole qui émeut sans éclairer risque de rester superficielle. Toute communication féconde unit la vérité de la pensée à la force de l’émotion.
Le retour à un langage plus vivant, plus imagé et plus incarné ne constituerait donc pas un appauvrissement du message chrétien ; il serait, au contraire, un retour à la pédagogie même du Christ.
CONCLUSION. D’UNE VÉRITABLE SITUATION D’INCOMMUNICATION DE L’ÉGLISE À SON RENOUVEAU
I. UNE VÉRITABLE SITUATION D’INCOMMUNICATION
La confrontation successive de la communication de l’Église catholique aux cinq critères de la parole conduit à un constat d’ensemble.
Sur chacun d’eux – instaurer la confiance, être clair, aller à l’essentiel, dire la vérité et optimiser le style – la communication actuelle de l’Église présente des fragilités importantes. Chacune, prise isolément, appellerait déjà une réflexion. Leur convergence leur donne une tout autre portée.
En effet, ces critères ne sont pas indépendants. Ils se renforcent mutuellement. Une perte de confiance rend plus difficile l’écoute ; un manque de clarté obscurcit l’essentiel ; l’oubli de certaines vérités fondamentales affaiblit la crédibilité du message ; un style inadapté réduit encore sa capacité à toucher les intelligences et les cœurs.
Pris dans leur ensemble, ces cinq constats dessinent non pas une simple difficulté de communication, mais une véritable situation d’incommunication.

Est-il communicationnel, au seul sens technique et philosophique, que l’Évangile consacré au commandement nouveau du Christ, « Aimez-vous les uns les autres », l’Évangile selon saint Jean, ne soit proclamé comme Évangile du jour que quatre à six fois par an ? Autrement dit, qu’il soit absent de plus de 98 % des messes de l’année liturgique ?
Est-il communicationnel que, dans le Catéchisme de l’Église catholique, le chapitre concernant ce commandement n’occupe qu’une demi-page parmi les quatre-vingt-douze consacrées aux Dix Commandements ?
Si le cœur même du message chrétien n’est entendu que quelques jours par an et s’il peut passer inaperçu au sein même du document de référence de l’institution, faut-il vraiment s’étonner qu’il peine à transformer durablement les cœurs ?

Est-il communicationnel que le Synode des évêques de 2018, pourtant consacré aux jeunes, ne consacre qu’un seul de ses 214 articles, et treize lignes seulement, à ce vaste sujet : « Le corps, l’affectivité et la sexualité » ? Faut-il vraiment s’étonner que, selon les propos mêmes de l’un des principaux organisateurs, ces jeunes « soient si nombreux à s’être éloignés de l’Église » ?
Cette conclusion ne remet nullement en cause la vérité du message chrétien. Elle conduit, au contraire, à distinguer clairement le contenu de la foi de la manière dont celle-ci est aujourd’hui transmise. Le diagnostic posé par les papes François et Léon XIV trouve ainsi, à travers cette grille d’analyse, un éclairage spécifiquement communicationnel.
L’objectif de cette étude n’est donc pas de critiquer l’Église, mais de contribuer, à partir des sciences de la communication, à l’effort de renouveau qu’elle appelle elle-même de ses vœux. Car si les causes de l’incommunication peuvent être identifiées avec précision, elles peuvent aussi être corrigées. Et c’est précisément dans cette perspective que prend tout son sens le troisième et dernier article de ce triptyque, consacré à la grâce individuelle, qui constitue, selon l’hypothèse défendue ici, le cœur vivant du message chrétien et l’une des clés de son renouveau.
Mais avant d’en venir là, il convient de rappeler le contexte général que devra affronter ce renouveau et que nous avions commencé à décrire dans le premier article : la pandémie du porno. La rédaction presque simultanée des deux articles suivants a permis de mieux en mesurer l’importance ainsi que celle des moyens nécessaires pour y remédier.
II. LA PANDÉMIE DU PORNO : L’UNE DES PLUS GRAVES DÉFAITES SPIRITUELLES ET CULTURELLES DE L’ÉGLISE

Comme le montre le premier article « Société érotique » : Satan au cœur de l’Eglise catholique ? La pandémie du porno », la pandémie mondiale de la pornographie constitue sans doute l’une des plus graves défaites spirituelles et culturelles qu’ait connues l’Église depuis plusieurs siècles. Qualifiée par le pape François d’« œuvre et langage du diable », par la thérapeute et sexologue Thérèse Hargot de « drogue dure qui ne dit pas son nom », et par Soljenitsyne de principal moyen d’asservissement des peuples : « On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie qu’avec des miradors », elle s’est imposée en quelques décennies avec une rapidité et une ampleur sans précédent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce qui relevait autrefois de la transgression est en train de devenir une norme culturelle.

La pornographie n’est plus une pratique marginale. Elle touche désormais les adolescents comme les adultes, les hommes comme les femmes, les croyants comme les non-croyants, jusqu’à certains membres du clergé. Aux États-Unis, pays qui précède souvent les évolutions du monde occidental, elle concerne déjà une majorité de la population et près des trois quarts des hommes chrétiens. Rien n’indique un ralentissement de cette progression.

Le phénomène le plus inquiétant n’est pourtant pas son extension, mais sa banalisation. Lorsqu’une pratique cesse d’être perçue comme une transgression pour devenir une évidence, elle s’enracine progressivement dans les mentalités, les comportements et l’inconscient collectif. C’est à ce stade que les grandes batailles culturelles deviennent les plus difficiles à inverser.
Pour l’Église, le défi est immense. Elle doit faire face à un phénomène installé depuis plus d’un quart de siècle, amplifié successivement par Internet, le smartphone, les réseaux sociaux, puis désormais par l’intelligence artificielle, qui tend elle aussi à investir une partie de cet espace intérieur autrefois réservé à la quête spirituelle et à créer un nouvel espace sacré. À ces mutations technologiques s’ajoutent la concurrence de mouvements religieux plus offensifs, la résistance aux réformes internes et une profonde crise de confiance.
Dans ce combat, la disproportion des moyens est saisissante. Face à l’extraordinaire puissance de diffusion de la pornographie numérique — ses images, ses algorithmes, son accessibilité immédiate — la communication de l’Église paraît souvent désarmée. Si l’on voulait risquer une image, on pourrait dire que, dans cette guerre, Satan ne combat plus avec l’infanterie ou les chars d’assaut : il dispose désormais des satellites, des missiles et des drones de la révolution numérique.
Pourtant, cette bataille perdue ne signifie pas que la guerre le soit également. L’histoire du christianisme montre que l’Église a traversé des crises autrement plus profondes et qu’elle a toujours retrouvé, lorsqu’elle revenait à l’essentiel, une étonnante capacité de renaissance.
Le constat est donc sans appel. La pandémie pornographique ne s’est pas imposée parce qu’elle porterait une vérité supérieure, mais parce qu’elle a compris, exploité et parfois détourné, avec une redoutable efficacité, les lois fondamentales de la communication humaine. C’est en ce sens qu’elle représente un défi inédit pour l’Église.
Mais ce diagnostic ne conduit pas au découragement. Il ouvre, au contraire, une perspective. Car si la crise est d’abord une crise de la parole, alors son dépassement passe lui aussi par la parole. L’Église ne manque ni de richesses spirituelles ni d’espérance à transmettre. Ce qui lui manque aujourd’hui est une parole capable de rendre cette espérance à nouveau vivante, crédible, intelligible et désirable. C’est sur ce terrain que la guerre peut encore être gagnée.
Le pape Léon XIV résume cette situation en des termes particulièrement forts lorsqu’il écrit que « l’humanité tout entière fait face à une grave crise d’espérance ». Cette observation dépasse largement le cadre religieux. Notre époque souffre moins d’un manque d’informations que d’un manque de sens, moins d’une pénurie de connaissances que d’une absence de promesse forte capable d’éclairer l’existence.
Or une parole ne devient véritablement féconde que lorsqu’elle ouvre un avenir. Annoncer des vérités est indispensable ; encore faut-il qu’elles puissent être accueillies comme une espérance. À cet égard, le christianisme possède un patrimoine spirituel d’une richesse incomparable, mais dont une part essentielle semble aujourd’hui s’être progressivement effacée de la conscience de nombreux fidèles.

Le père Guillaume de Menthière en fait lui-même le constat lorsqu’il écrit :
« Cette vieille notion théologique, pourtant centrale et essentielle, a quasiment disparu du discours chrétien contemporain. »
Cette notion est celle de la grâce.
III. LA RÉHABILITATION DE LA GRÂCE, MOTEUR DU RENOUVEAU DE L’ÉGLISE
Dans la profonde crise qu’elle traverse, cette étude fait apparaître que l’Église est confrontée à au moins trois urgences étroitement liées entre elles, et donc à trois réformes : la refonte de sa communication, la réhabilitation de la grâce et la lutte contre la pandémie du porno. Aucune ne peut être isolée des deux autres. Mais la réhabilitation de la grâce pourrait constituer l’une des voies les plus immédiatement accessibles et les plus fécondes du renouveau de l’Église.
Elle répond en effet à une aspiration profonde de nos contemporains : ne plus seulement entendre un discours, mais faire une expérience.
Or, sur ce point, l’enseignement même de l’Église contient une affirmation d’une puissance étonnante. Le Catéchisme rappelle, on l’a vu, que « la sollicitude de la divine Providence est concrète et immédiate et qu’elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire » (§303).

Concrète et immédiate. Ces deux mots mériteraient à eux seuls d’être remis au cœur de l’annonce chrétienne. Ils signifient que l’action de Dieu ne relève pas seulement d’une doctrine à croire ou d’une réalité réservée à quelques mystiques : elle peut concerner l’existence quotidienne de chacun, jusque dans ses événements les plus ordinaires.
C’est précisément ce que recherchent beaucoup de nos contemporains : une spiritualité qui puisse être vécue, éprouvée et confrontée à l’expérience. Les témoignages — le mien comme ceux qui pourraient demain être recueillis et comparés — trouvent ici tout leur intérêt. Ils ne constituent évidemment pas des preuves de l’action de Dieu. Mais ils peuvent aider à en repérer des signes possibles, à en observer les fruits et à apprendre à être, selon l’expression de Newman, « aux aguets».
C’est tout le sens de la méthode qui sera proposée dans le troisième article, qui constituera en quelque sorte un test, un banc d’essai. Il ne s’agit pas de provoquer la grâce, encore moins de voir une intervention divine derrière chaque événement. Il s’agit d’apprendre à devenir attentif à son action possible, à en reconnaître les signaux, à les enregistrer, à les confronter et à les discerner dans le temps.
L’intelligence artificielle peut apporter ici une aide nouvelle et considérable. Non pour décider où Dieu agit — ce qu’elle ne peut évidemment pas faire — mais pour aider l’homme à se recueillir, confronter, structurer et relire son expérience. Elle pourrait également permettre demain de comparer de nombreux témoignages et de distinguer progressivement ce qui appartient à une expérience singulière de ce qui pourrait présenter des caractéristiques communes.
La réhabilitation de la grâce pourrait ainsi répondre à deux besoins qui paraissent aujourd’hui se rejoindre : celui de l’Église, qui doit rendre de nouveau intelligible une réalité centrale de la foi chrétienne, et celui de l’homme contemporain, qui recherche une spiritualité capable de rejoindre concrètement son existence.
Cette perspective sera développée dans le troisième article, consacré à ce que nous appelons la grâce opérationnelle, envisagée sous trois aspects complémentaires :
Une grâce opérationnelle : Dieu agit au sein même de l’homme et de son existence.
Une méthode opérationnelle : l’homme peut apprendre à être attentif à cette action, à en reconnaître les signaux possibles et à les discerner. Cette démarche, issue notamment de l’observation et de l’expérience, débouche sur un « Petit guide pratique de la grâce opérationnelle », susceptible de devenir une véritable méthode de vie.
Un dialogue opérationnel : l’action de Dieu et la réponse libre de l’homme peuvent constituer un véritable échange qui accompagne, éclaire et nourrit progressivement son cheminement dans la grâce.
Bibliographie sommaire
I – Rhétorique. Communication
- Clément Viktorovich et Ferdinand Barbet. L’art de ne pas dire. Seuil. 2024
- Clément Victorovitch. Le pouvoir rhétorique. Points. 2023
- Jacqueline de Romilly. Magie et Rhétorique dans la Grèce ancienne. Les Belles Lettres. 2019
- Markus Gabriel. Pourquoi la pensée humaine est inégalable. JCLattès . 2018.
- Robert A. Harris. Writing with clarity and style. Routledge. 2017
- Jean-François Dortier. Le cerveau et la pensée. Sciences humaines. 2014
- Jean-Pierre Vernant. Les origines de la pensée grecque. PUF. 2013
- Sister Miriam Joseph. Shakespeare’s use of the arts of language. Martino publishing. 2013.
- Tony Buzan. Une tête bien faite. Eyrolles. 2011
- Frank Frommer. La pensée PowerPoint. Le logiciel qui rend stupide. La Découverte. 2010
- Philippe Breton. Convaincre sans manipuler. La Découverte 2008
- Cicéron. L’orateur. Les Belles Lettres.2008
- Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca. Traité de l’argumentation. 2008
- Victor Thibaudeau. Principes de logique. Définition. Enonciation. Argumentation. PUL. 2006
- Aristote. Rhétorique. Le livre de poche. 1991
- Edward Corbett. Robert Connors. Classical Rhetoric for the Modern Student. Oxford University Press. 1999
- Marc Fumaroli. Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne. PUF. 1999
- Olivier Reboul. Introduction à la rhétorique. PUF. 1995
- Georges Molinié. Dictionnaire de la rhétorique. Le Livre de Poche. 1992
- Antoine Arnauld. Pierre Nicole. La logique ou l’art de penser. Gallimard. 1992
- Quintilien. L’art oratoire. Belles Lettres. 1975
- Abbé J. Verniolles. Cours élémentaire de rhétorique et d’éloquence. Delagrave. 1891
- louis-marchand.fr :
- Bien parler, c’est bien penser, sinon… 2023
- La méthode des huit règles d’or de la communication versus ChatGPT 2023
- Nouveau guide pratique des principales figures de rhétorique. 2019
- Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? 2018
- Nouvelle version, ultra synthétique, du triangle rhétorique :2018
- Le triangle rhétorique, base de toute communication réussie 2015
- The power of oratory in the United States 2014
II – Evolution du monde et de la société
- Gianno da Empoli. L’heure des prédateurs. Folio. 2025
- Louis Marchand – Draghi « L’UE a raté la révolution de l’informatique ». Et celle de l’IA ? 2025
- Yuval Noah Harari. Nexus. Albin Michel. Septembre 2024
- Emmanuel Todd. La Défaite de l’Occident. Gallimard. 2024
- Dr Laurent Alexandre. ChatGPT va nous rendre immortels. JC Lattès. 2024
- Dr Laurent Alexandre. La guerre des intelligences à l’heure de ChatGPT. JC Lattès. 2024
- Stephan Zweig. Le Monde de demain. Les Belles Lettres. 2023.
- Yuval Noah Harari. Sapiens. Albin Michel. 2022
- Yves Marry – Florence Souillot. La guerre de l’attention. Comment ne pas la perdre. L’échappée. 2022
- Kai-Fu Lee. La plus grande mutation de l’histoire. Qui dominera l’IA dominera le monde. J’ai lu. 2021
- Erich Fromm. La peur de la liberté. Les Belles Lettres.2021
- Joseph Schumpeter. Théorie de la destruction créatrice. Payot. 2021
- Alan Bloom. Essai sur le déclin de la culture générale. Les Belles Lettres. 2018,
- Alan Bloom. L’Ame désarmée. Les Belles Lettres. 2018
- Thomas Piketty. Le capital au XXI siècle. Seuil. 2013
- Charles Melman. L’homme sans gravité. Folio. 2002
- Nicolas Kondratieff. Les longs cycles de la conjoncture. Economica. 1992
III. Religion et psychanalyse. P.N.L.
- Anthony Robbins. Pouvoir illimité. J’ai lu. 2025
- Boris Cyrulnik. Psychothérapie de Dieu. Odile Jacob. 2017
- Danièle Bourcier & Peck Van Andel. La Sérendipité. Le hasard heureux. Hermann. 2011
- Jane Turner – Bernard Hevin. Le nouveau Dico-Pnl. Inter-Editions. 2006
- Marie Balmary. Le moine et le psychanalyste. Albin Michel. 2005
- Marie Romanens. Le Divan et le prie-Dieu. Psychanalyse et religion. 2000
- Jean Forest. Bible et psychanalyse, sœurs ennemies ? Triptyque. 1999
- Elizabeth Roudinesco. Michel Plon. Dictionnaire de la psychanalyse. Fayard. 1997
- Scott Peck. Au-delà du chemin le moins fréquenté. J’ai lu. 1997
- Scott Peck. Les gens du mensonge. J’ai lu. 1983
- Scott Peck. Le chemin le moins fréquenté. J’ai lu. 1978
- Françoise Dolto. Les évangiles et la foi au risque de la psychanalyse. Gallimard. 1995
- Père Amédée. Dominique Megglé. Le moine et les psychiatre. Bayard. 1995
- Julia Khristeva. Au commencement était l’Amour. Psychanalyse et foi. Livre de poche. 1985
- Denis Vasse. Le temps du désir. Essai sur le corps et la parole. Le Seuil. 1969
IV. Sexualité
- Louis Marchand. « Société érotique » : Satan au cœur de l’Eglise catholique ? La pandémie du porno. 2026
- Thérèse Hargot. Tout le monde la regarde (ou presque). Albin Michel. 2024
- Thérèse Hargot. Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? Albin Michel. 2020
- Mgr Emmanuel Gobilliard. Thérèse Hargot. Aime et ce que tu veux, fais-le ! Albin Michel. 2018
- Didier Dumas. Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité ? Albin Michel. 2004
- Michela Marzano. Malaise dans la sexualité. JC Lattès. 2006
- Michela Marzano. La pornographie ou l’épuisement du désir. Buchet Chastel. 2003
- Serge Leclaire. Psychanalyser. Le sexe est la pierre angulaire de la psychanalyse. Le Seuil. 1968
- Sigmund Freud. Trois essais sur la théorie sexuelle. Payot. 1905






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