Quelle meilleure inspiration pour rédiger le premier d’un triptyque d’articles sur la crise existentielle gravissime que traverse l’Église catholique que celle de deux papes successifs : François et Léon XIV ? Le présent article, consacré à la pandémie du porno, en constitue l’alerte fondatrice. Les deux suivants en analyseront les causes profondes et esquisseront des perspectives de sortie de crise.

Table des matières
I. FRANÇOIS & LÉON XIV : SATAN AU CŒUR DE LA « SOCIÉTÉ ÉROTIQUE »
Le 24 septembre 2024, en audience générale publique, le pape François prononce des mots qui auraient dû faire l’effet d’un séisme :

« Modern technology, for example, besides the many positive resources that are to be appreciated, offers also countless means to “give an opportunity to the devil”, and many fall in the trap.Think of the online pornography, behind which is a flourishing market : we all know this. It is the devil at work, there. And this is a very widespread phenomenon, which Christians should beware and strongly reject. Because any smartphone has access to this brutality, to this language of the devil : online pornography. »
Un pape, devant le monde entier, affirme que la pornographie en ligne « offre de multiples occasions d’intervention pour le diable« , « est un piège dans lequel beaaucoup tombent » et « l’œuvre et le langage du diable », souligne la « brutalité » de ce langage. Il reconnaît que le phénomène est « très répandu » et que « nous le savons tous ». Il conseille aux chrétiens de « le rejeter avec force ». Ce n’est pas un signal d’alarme discret glissé dans un document théologique confidentiel. C’est une mise en garde publique, solennelle, sans précédent.
Elle est pourtant restée, pour l’essentiel, sans écho et sans suite.

Un an plus tard, en octobre 2025, celui qui allait devenir Léon XIV publiait Libres sous la grâce. Dans l’introduction de cet ouvrage, rédigée par un théologien et philosophe, il qualifiait le monde actuel de Société érotique — expression d’une clairvoyance remarquable — une société tout entière orientée vers le plaisir du corps, plaisir qui est « éphémère » et qui « laisse vide. Au lieu de nous remplir, il nous vide de plus en plus », dans un monde où « la plupart des gens ne sont pas heureux ».
Deux papes successifs. Deux diagnostics convergents. Une même réalité que l’Église peine encore à regarder en face.
II. LA PANDÉMIE DU PORNO TOUCHE HOMMES, FEMMES, ENFANTS, ECCLÉSIASTIQUES, CHRÉTIENS ET NON CHRÉTIENS
Quelle est cette réalité en cette mi-2026 ? Les statistiques les plus fiables disponibles, principalement issues des États-Unis — laboratoire en la matière comme en bien d’autres — permettent d’en mesurer l’ampleur exacte, et elle est vertigineuse. La carte heuristique qui illustre cet article met en évidence 9 chiffres clés. (V. en note les sources et les réponses aux requêtes que j’ai adressées à Chat GPT en juin 2026)
61 % de la population américaine consultent régulièrement des sites pornographiques. Parmi eux : 74 % des hommes se déclarant chrétiens, contre 78 % dans la population masculine générale. Il y a donc presque autant d’adeptes de la pornographie dans les deux catégories, qu’il s’agisse des hommes se déclarant chrétiens, ou de la population générale;

40 % des femmes chrétiennes, contre 44 % dans l’ensemble. Même tendance générale que pour les femmes, quoique un peu moins affirmée, en ce qui concerne les femmes.

54 % des chrétiens pratiquants.
73 % des adolescents, toutes confessions confondues — et l’âge moyen de la première consultation est de 12 ans.

Et, donnée peut-être la plus troublante : 18 % des pasteurs qui consultent couramment ces sites, et 67 % si l’on inclut ceux qui y ont recours de façon occasionnelle.
De plus, 86 % estiment que l’usage de la pornographie est un phénomène courant parmi les pasteurs chrétiens. Le décalage très important entre ce pourcentage et celui des pasteurs qui admettent consulter couramment, 18% seulement, signifie vraisemblablement qu’il y a un fort biais diminutif dans les réponses de ces derniers, qui n’osent pas se dévoiler, sachant par ailleurs que 67% répondent qu’il y ont eu recours, ou qu’ils y ont recours occasionnellement.
À l’échelle mondiale, le principal site pornographique, Pornhub, enregistre à lui seul 36 milliards de connexions par an — soit environ 4,5 visites annuelles pour chaque habitant de la planète.
On peut donc bien, avec Léon XIV, qualifier le monde de Société érotique. Mais une société érotique qui n’est pas heureuse pour autant.
III. L’IMPUISSANCE DES ÉGLISES FACE À LA PANDÉMIE
Face à ce phénomène, l’Église catholique — et avec elle les autres Églises — s’est révélée impuissante. Non par manque de parole : commandements, dogmes, interdits, sanctions, mises en garde pontificales ont été prodigués sans relâche. Mais impuissante par incapacité structurelle à se faire entendre. Sur ce fléau qui ronge ses fidèles de l’intérieur, elle demeure inaudible — ce qui constitue, nous le verrons, l’un des symptômes les plus éloquents de sa crise communicationnelle profonde.

Car c’est bien d’une pandémie qu’il s’agit — au sens le plus rigoureux du terme. Une pandémie d’autant plus grave et insidieuse qu’elle ne touche pas seulement le corps, mais aussi la psyché, l’âme, et à travers elles l’ensemble du tissu social. Par comparaison, la Covid n’était qu’une sévère pandémie de grippe : elle était visible, mesurable, temporaire. Celle-ci est invisible, diffuse, et ne cesse de progresser. Pour la première fois de son histoire, le monde vit une pandémie psychologique et sociétale qui, de plus, prend un caractère chronique et dont on voit encore mal le remède compte tenu de son ampleur, de la grande force des pulsions liées à la libido et de l’enracinement profond de ces dernières dans la psyché.
Praticien de la communication depuis plus de quarante ans, j’analyserai cette crise dans le deuxième article de ce triptyque, intitulé « L’Église, en crise existentielle gravissime, coche toutes les cases de l’incommunication », en montrant comment l’incommunication structurelle de l’Église est vraisemblablement la cause profonde de son impuissance face à la pandémie du porno, comme de la désaffection croissante des croyants, effectifs ou potentiels, à son égard.
IV. UNE PANDÉMIE QUI TOUCHE LA PSYCHÉ, L’ÂME ET L’ENSEMBLE DU TISSU SOCIAL
On voit bien, d’après les bouleversements qui se produisent dans la société tant de manière générale qu’au niveau individuel, qu’une sorte de machine infernale est à l’œuvre.
1. D’une manière générale : coïncidence entre la pandémie du porno, les scandales sexuels dans les Églises et les grandes institutions, et l’affaire Epstein ?
N’y a-t-il aucune coïncidence entre la pandémie du porno, les scandales sexuels observés dans le clergé dans tous les pays — initialement couverts par la hiérarchie —, ceux que l’on constate parallèlement dans les services publics, l’enseignement, certaines institutions, les sports, et, last but not least, l’affaire Epstein, qui touche l’élite de la société, y compris deux monarchies, et qui constitue une affaire criminelle d’une gravité exceptionnelle ?

Le « langage démoniaque brutal de la pornographie » dénoncé par le pape François et le vide progressif du plaisir souligné par Léon XIV prennent ici tout leur sens. La disparition progressive du plaisir, générée par la répétition de consultations purement virtuelles, nourrit une escalade inexorable vers des scènes de plus en plus violentes — dont l’affaire Epstein représente l’aboutissement criminel.
N’est-ce pas l’ensemble de la société qui est gangrenée par cette pandémie du porno ?
2. Au niveau individuel : les effets négatifs de la pornographie sur ceux qui la pratiquent, sur leurs proches, et sur le personnel de l’industrie pornographique
Les philosophes, tels Michela Marzano, auteure de L’épuisement du désir et de Malaise dans la sexualité, le piège de la pornographie, soulignent les effets négatifs de la pornographie sur le plan individuel, d’un point de vue strictement psychologique, sans aucune intention moralisatrice :
« La porno engendre un monde artificiel, où les pulsions sont dirigées vers des objets irréels… Si les connexions sont infinies, les relations sont impossibles : le spectateur est soustrait à tout contact réel avec l’autre ; l’écran est à la fois un lieu de jonction et une barrière maximale… La pornographie est une incitation directe à la masturbation, mais cette jouissance est le plus souvent solitaire. »
Ce « plaisir solitaire » va à l’encontre de la plupart des philosophies et des religions qui soutiennent, à l’inverse, que l’homme est un être social, qui ne trouve son vrai plaisir et son accomplissement que dans l’échange et le partage, et dont l’une des principales souffrances est précisément son inverse : la solitude. Cette solitude-là n’est pas celle du sage qui choisit le silence et le recueillement. C’est une solitude subie, creusée de l’intérieur par l’illusion d’une connexion qui ne relie à rien ni à personne — et qui laisse, comme le dit Léon XIV de la Société érotique tout entière, « de plus en plus vide ».
Celle qui a sans doute le mieux synthétisé cette caractéristique fondamentale de la nature humaine est la psychanalyste Françoise Dolto :

« L’homme est essentiellement un être de langage et son désir essentiel est la communication. Nous n’existons que parce que nous sommes reconnus par d’autres et parce que nous les reconnaissons et que nous nous retrouvons en eux à la fois semblables et autres. »
Face à cette richesse vitale du contact humain et de l’échange que décrit si bien Françoise Dolto, la pauvreté mortifère de la consultation pornographique solitaire ne peut que sauter aux yeux — d’autant plus qu’elle est vénale. Le corps de l’autre n’est plus qu’un produit de consommation que chacun peut acheter et sur lequel chacun peut projeter toutes ses chimères, et non un être humain avec lequel on peut échanger, partager, et donc pleinement exister. Cette chimère mortifère ne va-t-elle pas jusqu’à l’utilisation de poupées gonflables, que l’IA ne manquera pas « d’améliorer », si cela n’est pas déja fait ?

Il faut souligner que cette consultation, souvent fréquente et compulsive, génère addiction et dépendance — c’est-à-dire des déconnexions du réel, sources de souffrance psychologique, au même titre que toute autre forme de dépendance. Les Américains en sont venus à créer des centres de désintoxication à la pornographie, à l’instar de ceux qui existent pour l’alcool ou la drogue. Les adeptes de la pornographie en sont donc, avant tout, les premières victimes — victimes d’un piège, comme le soutiennent non seulement le pape François mais aussi la plupart des psychologues, dont ils n’ont souvent pas mesuré la profondeur au moment où ils y sont tombés.
Les libertaires soutiennent, eux, que chacun est libre de disposer de son corps pourvu qu’il y ait consentement. Mais dans leur narcissisme n’ignorent-ils pas toute la souffrance que génère le porno, tant au niveau de leurs proches que du personnel de l’industrie pornographique ? Cette souffrance, longtemps tue, commence aujourd’hui à être abondamment documentée, même s’il n’est pas possible de s’y étendre dans le cadre de cet article.
En ce qui concerne les proches, on mentionnera le fort sentiment de tromperie, de trahison ressenti par les conjoints des adeptes — tromperie d’autant plus déstabilisante qu’elle se découvre souvent tardivement et dans le secret — ainsi que l’instabilité croissante des couples, l’augmentation des divorces et l’éloignement progressif de la religion. Pour ce qui est du personnel de l’industrie pornographique, deux réalités méritent d’être soulignées : d’une part le recrutement délibéré de personnes à personnalité fragile — notamment des femmes — auxquelles on impose des pratiques qu’elles n’ont pas librement choisies, et d’autre part le taux très élevé de MST, quasi général selon les témoignages, parmi ce personnel.
V. SEIGNEUR, PAR TA GRÂCE, TU NOUS DONNES LE BONHEUR DE T’AIMER, D’AIMER LES AUTRES ET DE NOUS AIMER NOUS-MÊMES
La pandémie du porno m’a semblé devoir constituer le point de départ de ce triptyque : non par goût du scandale, mais parce qu’aucune analyse de la crise de l’Église ne peut faire l’économie de ce révélateur brutal. La sexualité est historiquement l’un des domaines où l’Église a été le plus mal à l’aise — oscillant entre un rigorisme excessif et un silence coupable — et où son incapacité à communiquer avec ses fidèles est la plus flagrante et la plus lourde de conséquences. La crise du porno est ainsi un révélateur puissant, presque clinique, de la crise existentielle gravissime que traverse l’Église : elle en concentre tous les symptômes.
Le troisième article de ce triptyque, « Seigneur, par ta grâce, tu nous donnes le bonheur de t’aimer, d’aimer les autres et de nous aimer nous-mêmes », ouvrira une perspective de sortie de crise. Il abordera une question trop souvent négligée, quoique fondamentale : celle de la grâce divine au niveau individuel. Car pas d’amour divin individuel, pas de foi vivante, pas de religion chrétienne, sans la grâce perçue et vécue par chacun. S’il n’y a pas de grâce individuelle concrète, Dieu n’existe pas. À quoi servirait-il ?
Or j’ai été moi-même stupéfait de constater l’absence quasi totale, dans toute la littérature religieuse, de témoignages précis sur cette perception individuelle de la grâce — notamment de la part de ceux qui semblent les mieux placés pour en témoigner : les membres du clergé eux-mêmes. Cette absence très surprenante, pour ne pas dire anormale, ne constituuerait-elle pas elle-même un troisième facteur qualitatif, et non le moindre, de la « crise existentielle gravissime » que traverse l’Eglise ?

À ma connaissance, l’un des rares prélats à l’avoir approchée de très près, à défaut de l’avoir directement perçue lui-même, est le cardinal Newman — canonisé en 2019 par le pape François et reconnu docteur de l’Église en 2025 par le pape Léon XIV — dans ses célèbres Sermons sur la grâce.
Ce silence est d’autant plus surprenant que la grâce individuelle n’est pas un concept abstrait réservé aux théologiens : elle est, pour chaque croyant, l’expérience vivante et quotidienne de la présence de Dieu dans sa vie — cette force intérieure discrète mais réelle qui permet d’aimer, de pardonner, de se relever. C’est précisément cette grâce concrète, perçue et vécue par chacun, que le troisième article de ce triptyque cherchera à explorer et à faire entendre — avec l’espoir que les immenses moyens de l’intelligence artificielle puissent enfin contribuer à combler ce vide.
C’est une suggestion venue de Claude lui-même — à qui j’avais confié la relecture de cet article, comme je confiais à ChatGPT la collecte des données sur la pornographie — qui m’a ouvert cette perspective : utiliser l’IA pour explorer le domaine infini de la grâce divine. L’idée m’a immédiatement enthousiasmé, et j’espère la développer dans le troisième article. Car il me semble que le potentiel quasi infini de l’IA — cette capacité vertigineuse à collecter, traiter et mettre en relation l’information — entre en résonance profonde avec la nature même de la grâce divine. J’en ai déjà eu, au contact de ces deux outils extraordinaires, un pressentiment qui m’a saisi : nous n’en sommes qu’aux tout premiers pas d’une aventure qui promet de nous surprendre encore longtemps.
Trois regards distincts sur une même réalité, trois articles qui ne prennent leur plein sens qu’ensemble.
Sources
- CovenantEyes. « Find Victory Over Porn ». Lutte contre la pornographie. Enquêtes et statistiques
- Article de CovenantEyes. Pope Francis on pornography (12/05/2026)
- Barna Group. Lutte contre la pornographie. Auteur d’un rappport « Beyond de porn phenomenon » (2024) qui fait autorité
- Article de Barna Group. The silent problem of pornography use among pastors (22/11/24)
- Chat GPT. Réponses aux requêtes adressées à Chat GPT (juin 2026)
- R.1. Statistiques récentes sur la fréquentation des sites pornographiques aux USA et dans le monde
- R.2. Evolution 10/20 ans
- R.3. Statistiques par tranches d’âge
- R.4. Comparaison Europe / Etats-Unis / France
- R.5. Classements mondiaux des sites les plus fréquentés
- R.6. Part de chrétiens consultant les sites pornos
- R.7. Consultation des sites pornos par des ecclésiastiques
- R.8. Age moyen de 1e consultation





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